Jeudi de l'Ascension, 25 mai 2017.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

ascension Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Le Seigneur Jésus fut emporté au ciel Lc 24, 51.

Le ciel désigne d'une part la voûte céleste que les télescopes scrutent, et que les satellites sillonnent. Gagarine revenant du premier voyage dans l'espace, en bon marxisme matérialiste athé, se plaira à dire :

« Dans le ciel je n'ai pas vu Dieu ».

Métaphysiquement parlant, c'est un peu court. Et puis, en était-il si sûr, de ne pas l'avoir vu ? Car les cieux racontent la gloire de Dieu Ps 18, 2.

Par analogie, le ciel est synonyme de vie en Dieu dans l'au-delà, de vie avec Dieu, et donc de vie parfaite, bienheureuse et éternelle.

Dans l'éternelle pensée de Dieu, nous avons été créés pour la vie du ciel. Et puis, nous le savons, le péché est entré dans le monde, nous fermant le chemin du ciel.

Dieu n'échouant pas, et sachant tirer le bien du mal, pour rouvrir à l'humanité la voie du salut, il a envoyé parmi les hommes son Fils, Celui que de son sein il engendre éternellement. Ce Fils venu dans la chair, par sa double nature humaine et divine, forme un pont par lequel il nous faut passer au-dessus de l'abîme qui sépare la terre du ciel.

Lui-même s'est défini aussi comme « La Porte » Jn 10, 9 qui donne accès au ciel, et encore comme « Le Chemin » qui y mène Jn 14, 6.

Aujourd'hui, sa mission parmi les fils des hommes achevée, il s'en retourne vers son Père, le lieu de son repos éternel.

Je suis sorti du Père et venu dans le monde. Maintenant je quitte le monde et je vais au Père. Jn 16, 28.

Les psaumes nous donnent une description en termes humains de l'Ascension du Fils de Dieu au ciel :

Le Seigneur est monté au son de la trompette et dans la jubilation Ps 46, 6.
Chantez le Seigneur qui s'élève au plus haut des cieux. Ps 67, 33-34.

Arrivé au ciel, le Seigneur Jésus reçoit les insignes de la royauté comme le décrit le psaume 44ème :

Tu es beau, le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur tes lèvres, aussi Dieu te bénit éternellement.

Il est alors ceint de l'épée fulgurante et royale, puis l'arc aux flèches acérées lui est mis dans la main. Après quoi il s'avance vers le trône de Dieu où lui est remis le sceptre. Enfin tout en prononçant la forme rituelle : « Tu as aimé la justice et tu as haï l'iniquité, c'est pourquoi je t'oints d'un huile d'allégresse », le Père lui-même verse le Chrême sur son Fils Ps 44, 3-7.

Un autre psaume complète les paroles du Père à son Fils arrivant au ciel :

Siège à ma droite en attendant que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds. Ps 109, 2.

L'Epitre aux hébreux nous donne une description plus théologique de l'arrivée du Christ au ciel :

Traversant la tente plus grande et plus parfaite qui n'est pas faite de main d'homme, c'est-à-dire qui n'est pas de cette création, il entra une fois pour toute dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs ou de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis la rédemption éternelle. Hé 9, 11-12.
Ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme (...) que le Christ est entré, mais dans le ciel lui-même, afin de paraitre maintenant devant la face de Dieu en notre faveur. Hé 9, 24.

Au ciel, le Seigneur Jésus nous prépare une place Jn 14, 3. Et avant de nous y accueillir, il nous enverra le Saint Esprit Jn 16, 7.

L'Apocalypse nous donnera des images grandioses et mystérieuses de la vie du ciel où nous serons accueillis à notre tour : grande liturgie éternelle, la même qu'ici-bas, non plus dans la foi, mais dans la vision directe et immédiate du mystère de Dieu qui nous rassasiera pour l'éternité :

Voici qu'un trône était dressé dans le ciel, et siégeant sur le trône Quelqu'un. Celui qui siège est comme une vision de jaspe vert ou de cornaline ; un arc en ciel autour du trône est comme une vision d'émeraude. Vingt quatre vieillards vêtus de robes blanches avec des couronnes d'or sur leurs têtes. (...) Les quatre Vivants ne cessent de répéter jour et nuit : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur Maître de tout ». Ap 4, 2-11. Puis voici qu'un Agneau apparut ; il se tenait accompagné de cent quarante quatre milliers de gens portant inscrit sur le front le nom de son Père. Ils chantent le cantique nouveau devant le trône. (...) Ils suivent l'Agneau partout où il va. Ap 14, 1-5.

A Fatima, dont nous fêtons cette année le centenaire des apparitions, le message premier de la Vierge du Rosaire c'est le ciel. D'abord elle assure les trois voyants qu'ils iront au ciel; puis elle leur fait entrevoir l'enfer où vont ceux qui ont renoncé au ciel ; enfin et surtout elle demande de prier pour les pauvres pécheurs afin qu'ils se convertissent et puissent gagner le ciel.

Dans l'Evangile de saint Luc 10, 25-37 on voit un légiste s'approcher du Seigneur Jésus et lui poser la grande question : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Jésus lui répondit Mt 23, 37.39: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton âme et de toute ta force. Le second commandement lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même – Fais cela et tu vivras Lc 10, 28». Dans l'évangile de saint Marc 6, 17 que nous venons d'entendre, le Seigneur ajoute : « Celui qui croira et recevra le baptême sera sauvé », c'est-à-dire : ira au ciel.
Qu'au milieu des tracas du monde et de la tentation des faux paradis, Marie, la Reine du ciel, avec tous les Anges et tous les saints, nous aide à « lever les yeux vers les hauteurs d'où nous viendra le secours, secours qui est dans le Nom du Seigneur », car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, nous sommes en marche vers la cité future LG 43, recherchant et goûtant les choses d'en-haut LG 57, pour être finalement admis dans la paix et le bonheur suprêmes, dans la patrie qui resplendit de la gloire du Seigneur LG 93.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.