Jeudi de l'Ascension, 10 mai 2018.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

ascension Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Quarante jours se sont écoulés depuis le matin de Pâques, cette heure charnière dans toute l'histoire de l'humanité où la mort a été comme prise à l'hameçon. Le Christ en mourant s'était fait appât, la mort l'avait englouti comme elle avait l'habitude de faire de tout homme à son trépas. Mais ce Jésus était aussi Dieu, et l'Enfer a dû rendre vivant celui qu'elle avait avalé mort. Celui qui est maître de la vie et de la mort, et dont la chair n'a pas vu la corruption Ac 2,31, ne peut mourir. Le principe du non-retour a été vaincu par cette résurrection.

Aujourd'hui, autre heure charnière dans l'histoire de l'humanité qui vient compléter la première. La personne du Christ, vrai Dieu et vrai homme, après être ressuscité, par sa propre puissance monte vivant au ciel. Le corps glorieux du Seigneur entre dans l'éternité et est installé à la droite du Père.

Trente-trois ans avant cet évènement, le Fils éternel du Père avait été envoyé en mission parmi les fils des hommes. Il avait dit : « Voici, je viens pour faire ô Dieu ta volonté » Ps 39, 8. Aujourd'hui, la mission étant terminée, il revient dans le sein du Père : « Maintenant je vais à Celui qui m'a envoyé » Jn 16, 5.

Désormais, pour l'humanité toute entière, il n'y a plus d'autres heures à attendre sinon celle de la parousie, lorsque le Christ viendra sur les nuées avec puissance et gloire, entouré de tous les Anges et de tous les Saints pour juger les vivants et les morts.

Le chemin entre la terre et le ciel, fermé et gardé par les chérubins depuis plus de quatre mille ans, est à nouveau ouvert par l'ascension du Seigneur Jésus Gn 3, 23. Pourtant, les Apôtres essayant de regarder où s'en allait leur Maître et Seigneur dans les hauteurs, une nuée, comme un voile, vint les en empêcher, et des anges de leur dire que ça ne les regardait pas, que c'était de la curiosité, qu'ils avaient autre chose à faire qu'à suivre des yeux Jésus montant dans le firmament, qu'il leur fallait bien plutôt le suivre dans l'obéissance, car du lieu où il va, lui-même a dit qu'il en était le chemin : « Nul ne va au Père que par moi » Jn 14, 6. Le rappel à l'ordre des Anges n'a pas empêché les dits Apôtres de redescendre tout joyeux de la montagne nous dit saint Luc. Percevaient-ils dans la foi le mystère éternel de ces retrouvailles entre le Père éternel et le Fils éternellement engendré ? « Le Père est en moi comme je suis dans le Père ». Ils ont un même Esprit, tout est commun entre eux sinon que l'un est Père engendrant éternellement le Fils, qui est lui-même éternellement engendré.

Aussi, jusque dans sa Passion, le Verbe venu dans la chair communiait à l'Essence divine. Le Père et le Fils ne se sont donc jamais quittés : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » Jn 14, 10. Et pourtant l'un a envoyé l'autre dans le temps, et le Christ Jésus ayant accompli pleinement les Écritures, ce pour quoi il était venu, pouvait dire à ses Apôtres : « Je vais au Père » Jn 14, 28.

Le psaume 44ème, en des termes certes très humains, nous laisse entendre quelques dires du Père à l'arrivée du Fils dans la joie bienheureuse du ciel :

Tu es beau, le plus beau des enfants des hommes, la grâce est répandue sur tes lèvres. Aussi tu es béni de Dieu éternellement. (…) Ton trône, ô Dieu, demeure à jamais ! Ps 44, 3.7.

Saint Jean, de son côté, nous rapporte le cantique nouveau chanté par tous les habitants du Ciel à l'arrivée de l'Agneau :

« Tu es digne de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu au prix de ton sang, des hommes de toutes race, langue, peuple et nation ; tu as fait d'eux pour notre Dieu une royauté de prêtres régnant sur terre » Ap 4, 6-10.

Le Seigneur Jésus est entré dans la joie du Père. Celui-ci glorifie son Fils Jn 17, 1, et le fait assoir à sa droite Mc 16, 20 pour régner avec son humanité dans la gloire éternelle de Fils de Dieu.

Exalté par la droite de Dieu, le Fils reçoit du Père l'Esprit Saint, objet de la promesse Ac 2, 33, et lui donne pouvoir sur toute chair.

Comme il l'avait dit à ses Apôtres, au ciel le Seigneur Jésus prépare une place pour ceux qu'il aime, afin que, là où il est, ils soient eux aussi Jn 14, 3. Et comme chez le Père il y a beaucoup de demeures, il prépare à chacun cette place unique que nous sommes appelés à occuper toute l'éternité, place rassasiant toute notre capacité à contempler la face de Dieu. Au commencement tout fut par le Verbe, et sans lui rien ne fut Jn 1, 1.2. Il en est toujours ainsi.

L'Épitre aux Hébreux reviendra plusieurs fois sur le fait que le Fils de Dieu entrant dans le ciel avec son humanité, intercède sans cesse en notre faveur auprès du Père. Le Christ entra une fois pour toutes dans le sanctuaire qui n'est pas fait de main d'homme, par son ascension il traversa les cieux et parvint en présence de Dieu dans le Saint des Saints Hb 9, 12 et note BJ. Il est entré dans le ciel lui-même, afin de paraître maintenant devant la face de Dieu en notre faveur 16, 24. Ainsi, il est toujours vivant pour intercéder en notre faveur Hb 7, 25.

Jésus l'avait dit aussi dans le discours après la cène, du ciel il enverra sur ses Apôtres et ses disciples le Paraclet, le don de Dieu, qui est l'Esprit du Père et du Fils. Pour cela, il fallait que le Christ nous quitte car : « si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas sur vous, mais si je pars, je vous l'enverrai » Jn 16, 15.

Par le baptême nous sommes participants dès à présent de la vie du ciel. Par l'Eucharistie, dans laquelle nous recevons le vrai corps et le vrai Sang avec l'âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus Christ, nous vivons de sa présence glorieuse au ciel, ce qui nourrit notre espérance de le rejoindre un jour là où il est, et où il nous a préparé une place.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.