Jeudi de l'Ascension, 5 mai 2016.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

ascension Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

L'Eglise, à travers l'année liturgique, nous fait revivre les mystères du Christ. Aujourd'hui, jour de l'Ascension, le Seigneur passe de la terre au ciel, il traverse le voile qui sépare le temps de l'éternité. Il retrouve le Père qui l'avait envoyé parmi nous, mais avec lequel il est toujours resté un :

le Père et moi nous sommes un.

Quarante jours après Pâques, après avoir manifesté clairement sa résurrection aux Apôtres, par sa propre puissance Jésus s'élève dans le Ciel. Saint Luc précise:

Ils le virent s'élever, et une nuée le déroba à leurs regards Ac 1, 9.

Saint Marc ajoute

et il s'assit à la droite de Dieu Mc 16, 19.

Le Ciel pour le Christ, c'est d'être au sein de la Trinité bienheureuse où tout est commun aux Trois, où seules les relations entre les Personnes les distinguent.
Le Ciel, pour nous, c'est voir Dieu. Voir Dieu, comme dit l'Ecriture I Co 13, 12,

face à face,

dans et par la lumière irradiée de lui-même, car Dieu est lumière, foyer de sa propre lumière. Cette lumière de Dieu reluit sur le bienheureux, et le rend lumineux. Extase inouïe de la vision de Dieu, de sa beauté infinie.
Le Ciel, ce n'est pas Dieu vu à distance de soi, c'est Dieu vu en lui-même, par une adhésion directe, immédiate, au foyer de lumière et de flamme qu'Il est personnellement.
Le Ciel, c'est encore boire à la Source de vie qu'Il est toujours personnellement lui-même. C'est boire, à en être enivré, au torrent de ses propres délices.
Le Ciel, c'est vivre avec Dieu, en Lui, par Lui, de Lui, de sa même vie, comme le chante saint Jean de la Croix :

Car, comme le Père et le Fils
Et Celui qui des deux procède...
Vivent, l'un dans l'autre, leur même vie,
Ainsi en sera-t-il aussi pour l'âme // Qui, tout absorbée dans le sein de Dieu,
Vivra en Lui, de sa divine vie.

Même le mystique le plus favorisé ne pourra nous décrire ce que sera le dévoilement dans le Ciel de la foi, dans la pleine lumière de gloire, ni la réalisation de l'Espérance dans la directe et parfaite possession de son objet, car l'œil de l'homme n'a pas vu, son oreille n'a pas entendu, il n'est pas monté à son cœur de lui faire éprouver ce que Dieu réserve à ceux qui l'auront aimé, car Il leur réserve le don parfait de Lui-même.
Le Ciel, c'est encore la possession en Lui, de tous les autres biens et bonheurs dont Il est la source. C'est l'épanouissement de la miséricorde, parce qu'après le péché seul le Christ pouvait nous le mériter
Au Ciel nous verrons l'humanité glorieuse du Fils de L'homme. Si déjà au Thabor un rayon de sa gloire jeta dans l'extase et la joie les trois apôtres, que sera-ce de Le voir dans tout le rayonnement de sa gloire ? Il nous sera ineffablement bon d'être toujours avec Lui. Saint Paul soupirait :

Qui me libèrera de mes liens pour être enfin avec le Christ ?

Au Ciel nous verrons Marie dans l'éclat de sa gloire, revêtue de soleil ; nous verrons les Anges et les saints reflétant, comme d'éclatants miroirs aux innombrables facettes, les perfections infinies de l'unique Beauté de notre Dieu. Au Ciel il y aura le bonheur de la communion des saints, communion de chacun à tous, et de tous à chacun dans l'unité Trinitaire.
Et le Ciel, il faut le désirer, Chercher d'abord le Royaume de Dieu. Un tel désir est un signe qu'on est déjà dans la ligne, dans le mouvement régulier vers sa fin bienheureuse.
Le Ciel, il faut le mériter :

Si tu veux entrer dans la vie, gardes mes préceptes... Si tu veux être parfait viens, suis-moi.

Le Ciel, il faut l'espérer, c'est-à-dire attendre avec la plus ferme confiance, l'objet de nos désirs infinis, pleinement assurés que nous sommes d'y parvenir par les Promesses de Dieu infiniment bon, et par les mérites du Christ Sauveur.
Il n'y a pas de proportion entre les épreuves passagères du temps et la gloire éternelle future qui suit. Et tout ce qui ne sera pas purifié ici-bas devra l'être avant d'entrer dans la béatitude du Ciel car, nous le savons, seul les cœurs purs verront Dieu. Ici-bas nous trouvons cette purification dans le sacrement de la Réconciliation, dans les œuvres de miséricorde et dans tout ce que nous vivons avec charité.
Au seuil de l'éternité cette purification nécessaire se fera au purgatoire où l'amour miséricordieux de Dieu reprend, comme en sous-œuvre le travail foncier que l'âme avait à accomplir ici-bas et qui consistait à vivre selon l'éternel dessein d'amour que Dieu avait pour nous, pour nous harmoniser avec Lui, en vue de l'éternelle union béatifique avec Lui, fin de notre être.
Mais la grande alternative qui sollicite la liberté de notre choix, c'est le service du seul vrai Dieu ou son délaissement ; c'est la fidèle obéissance à sa loi d'amour ou sa violation ; c'est en conséquence, l'éternelle possession de Dieu ou sa séparation éternelle ; c'est le Ciel ou l'enfer ; la fin réalisée ou la fin manquée !
L'enfer, c'est le refus libre et responsable de l'amour miséricordieux de Dieu, et, par voie de conséquence, c'est la privation éternelle du Ciel, la privation éternelle de Dieu et du bonheur dont il est la source infinie. Privation de la lumière de Dieu nécessaire à la vision de Dieu, opacité ténébreuse du péché, impénétrable, inassimilable à la lumière. Jetez-le dans les ténèbres extérieures... Jetez-le dans le feu... feu mystérieux mais réel dont il est parlé plusieurs fois dans l'Evangile.
Le choix dépend de nous. Sursum corda. Si on peut parler ainsi, le Ciel est bien plus Ciel que l'enfer n'est enfer. Le Ciel mérite d'être désiré, plus même que l'enfer d'être craint.
Aujourd'hui, le Seigneur passe la Porte Sainte du Ciel où sa grande miséricorde nous invite à le suivre. Aujourd'hui, il nous prépare une place dans le Ciel, terme de notre espérance. Aujourd'hui, vivons en esprit dans la demeure du Ciel.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.