Assomption, le 15 août 2017.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

assomption Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Marie avait été créée, comme nous tous, pour connaître, aimer et servir Dieu ici-bas, et dans le ciel être élevée à la vie avec Dieu. Comme pour nous tous, c'était la finalité vers laquelle Elle tendait de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit.

De fait, non handicapée ni alourdie par le péché, les dons de l'Esprit Saint ont reposé à la perfection sur la Vierge Sainte. Toute sa vie terrestre, elle mena de façon parfaite ces trois actions de : connaître, aimer et servir. Ainsi Marie a connu Dieu, ici-bas, autant qu'une créature le pouvait dans la foi. – Son cœur immaculé ayant une capacité exponentielle à aimer, la Vierge grandit tout au long de sa vie dans l'amour du Dieu unique, vivant et vrai. – Et quand l'Ange s'est présenté à Elle, Elle répondit qu'Elle était la servante du Seigneur. Et le Verbe s'est fait chair, et Il a habité parmi nous, et Marie l'a aimé jusqu'à l'accompagner au Calvaire.

Maintenant, le cours de sa vie terrestre étant achevée, Marie est élevée en corps et en âme dans les cieux en présence de Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit. Elle touche à la fin. L'âme immaculée de Marie entrant dans l'éternité voit Dieu face à face. Avec tous les Anges et tous les saints, parmi lesquels Elle tient la première place, Elle aime, adore et intercède. Il est dit dans le Credo dit ''de Paul VI''

Associée par un lien très étroit et indissoluble aux mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, la Très Sainte Vierge, l'Immaculée, a été, au terme de sa vie terrestre élevée en corps et en âme à la gloire céleste et configurée à son fils ressuscité en anticipation du sort futur de tous les justes. Paulo VI, Crédo.

Aujourd'hui deux moines font leur jubilé, l'un de soixante et l'autre de cinquante ans de profession. Jeunes, ils sont entrés pleins d'amour et de foi au monastère, pour courir sur les sentiers de la vie spirituelle à la recherche de l'Unique nécessaire. Recherche de la Beauté incréée qui ne s'est pas faite en parcourant la terre, la mer ou les étoiles, mais, dans la stabilité, en cherchant Dieu là où il réside, là où il a fait sa demeure, c'est-à-dire en nos âmes. Pour cela, comme tous ceux qui sont partis en quête de la perle précieuse, ils ont certainement traversé bien des déserts et franchis des passages délicats de la vie spirituelle, mais ils savaient quelle fin ils cherchaient et à laquelle ils avaient consacré leur vie.

Pour saint Thomas d'Aquin, la cause finale, c'est la cause des causes, c'est la fin qui explique toute l'activité de l'agent. Elle est le principe premier dans l'ordre d'intention, sans elle rien ne se fait. Et cette fin ne peut être qu'un bien. Et la fin ultime, c'est le Bien Suprême, c'est Dieu Lui-même. Il est la Bonté suprême qui veut se communiquer. Et nous qui cherchons notre perfection, nous tendons de tout notre être vers Celui qui nous la donnera.

Qu'elle est cette perfection ? Elle ne peut se trouver qu'en Dieu, qui est principe d'existence, car une chose est parfaite dans la mesure où elle atteint à son principe. « Désirer la vie éternelle de toute l'ardeur de son âme » dit saint Benoît.

Toute la vie monastique n'est qu'une préparation à la rencontre en Vérité, sans voile et sans images, de la Beauté incréée.

En regardant Marie, toute sainte et déjà glorifiée en son corps et en son âme, l'Eglise contemple en elle ce qu'elle-même est appelée à être sur la terre et ce qu'elle sera dans la patrie céleste. Compendium n°199.

A l'image de Marie dont toute la vie était orientée vers Dieu et son mystère, le moine demande à l'Esprit Saint de le tendre toujours vers les choses d'En-haut : « Qu'est-ce que Dieu ? Qui est Dieu ? Comment grandir dans sa connaissance, comment grandir dans son amour ? » Grandes et magnifiques questions qui dépassent l'entendement humain, mais auxquelles Dieu lui-même aime à répondre peu à peu tout au long d'une vie qui lui a été donnée. La providence est l'action de Dieu qui mène tous les êtres à leur fin, chaque être selon ce qu'il est, selon ce qui convient à son être.

Et après cinquante ans, soixante ans de recherche, souvent comme à tâtons dans une obscurité plus ou moins grande, en vivant des dépouillements successifs de plus en plus radicaux, le Seigneur vient nous donner réponse, Il vient habiter en nous, Il est la réponse.

Alors les beautés du monde n'intéressent plus les yeux. Ceux-ci ne savent plus que se lever vers les Choses d'en-haut, ils contemplent Marie entrant dans la gloire du ciel. L'attente du jour béni, où tout sera consommé, commence. L'âme sait que, libérée de ce corps de misère, elle pourra monter à son tour en présence de son Dieu et Sauveur où, joyeuse, elle attendra la résurrection des corps. Alors de nos yeux de chair nous verrons l'humanité du Seigneur et celle de sa Sainte Mère, Alors l'éternité bienheureuse commencera. Trahe nos, Virgo Maria.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.