Assomption, le 15 août 2018.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

assomption Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Toute la vie de Marie, tant sur la terre qu'au ciel, est inscrite dans la grande et unique action liturgique que le Christ, le Verbe de Dieu fait chair, est venu offrir à son Père, et qu'il continue dans l'éternité.

Prédestinée pour être la Mère de Dieu, associée, à un titre absolument unique, à l'œuvre du Rédempteur, Marie y apporte par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, une coopération absolument sans pareil pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle (LG 61).
Revêtue d'une plénitude de grâce, elle exerce avec une profondeur incomparable ce sacerdoce qui découle pour nous du baptême.
Ainsi la Vierge sainte a célébré – et célèbre – la sainte liturgie par toute sa vie.

• Comme tous les justes de l'Ancienne Alliance, mais avec une âme déjà chrétienne, elle a attendu le Messie, le concevant dans l'esprit avant de le concevoir dans la chair.

• Noël, Marie le vécut, non pas à travers des signes, mais dans la pleine réalité humaine, de même pour chacun des mystères des évangiles de l'enfance.

Et elle gardait chaque événement dans son cœur, comme veut le faire la liturgie.

Durant la vie publique de Jésus, sa Mère n'est jamais très loin, faisant sien tout l'enseignement du Christ.
« Bien heureuse celle qui a cru ! »
Marie croit.
Elle est le modèle dans l'ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ (LG 63)
Elle croit que son Fils est le Verbe de Dieu, qu'Il est venu dans la chair pour offrir à son Père des Cieux le seul sacrifice efficace qui puisse être pour la réconciliation des hommes avec son Père : lui-même.

• Lorsque Jésus monte vers Jérusalem, Marie croit que c'est l'heure pour laquelle il est venu. (Dans la foi, l'espérance et la charité).
Elle suit chacune des phases de la grande et divine geste de la Semaine Sainte : Rameaux – Cène – Agonie – Arrestation – Condamnation – Flagellation – Couronnement – Portement de Croix, jusqu'à l'autel du Calvaire où Jésus, prêtre et victime, s'en remet à son Père.
« Sabat mater », sa Mère est là, debout, offrant au Père l'humanité de son Fils.
Trois jours après, c'est la Résurrection : « resurrexi – je suis ressuscité ».
Viendront ensuite l'Ascension de Jésus au Ciel et la Pentecôte où, explicitement, il est dit qu'elle était avec les Douze dans la Chambre haute quand vint l'Esprit Saint.
Après la Pentecôte, alors que l'Esprit Saint porte les Apôtres à témoigner devant les Nations de la résurrection du Christ, ce même Esprit de sainteté conduit Marie dans les profondeurs de l'intimité divine, portant l'Église naissante dans sa prière.

• Puis vint le temps où, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, est atteint dans son chemin de sainteté le point de perfection extrême ; Marie est enlevée corps et âme dans la gloire du Ciel. Elle passe de la liturgie de la terre à celle du Ciel. C'est la même liturgie, c'est le même acte de louange et d'adoration à Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, mais l'un se célèbre dans la foi, tandis que l'autre se vit dans la Vision.
« Une porte était ouverte au ciel et une voix (…), comme une trompette me dit : "Monte ici." Et Marie, par la puissance du Christ, est élevée en corps et en âme. Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête. À son arrivée au ciel, tous disent : "Qui est celle-ci qui surgit comme l'Aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, redoutable comme une armée rangée en bataille." Elle n'arrête son Assumption qu'aux confins de la Divinité, près du siège où le Roi des siècles, son Fils, règne dans l'injustice et la toute-puissance.
Toute la cour céleste est là, tous ceux que nous invoquons dans la Préface avant d'entrer dans le silence de la prière eucharistique. Trônes, Dominations, Vertus, Séraphins, Chérubins et des myriades de myriades d'Anges et d'Archanges.
Sont là aussi tous les bienheureux que, dans sa descente aux enfers, Jésus a tiré des ténèbres de la mort pour les emmener dans la lumière de gloire.

Après son Assumption au ciel, le rôle de Marie dans le salut ne s'interrompt pas ; afin d'être plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort, elle est exaltée par lui comme Reine de l'Univers, exerçant jusqu'aux siècles sans fin sa maternité, source de son universel empire de clémence et de bonté.
Ainsi, par son intercession répétée jusqu'à la consommation des siècles, elle continue à nous obtenir des dons qui assurent notre salut éternel (LG 62). Saint Jean-Paul II disait : "La gloire de servir ne cesse d'être son exaltation royale : montée au ciel, elle ne suspend pas son rôle salvifique dans lequel s'exprime la médiation maternelle jusqu'à la consommation définitive des élus." (Redemptoris Mater, n° 41)

Nous voyons en elle une icône et une anticipation de la résurrection qui nous attend, et nous l'invoquons sous les titres d'avocate, d'auxiliatrice, de secourable, de médiatrice. (LG 62)

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.