Jeudi Saint,13 avril 2017.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

assomption Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Dieu a tellement aimé le monde qu'Il lui a donné son Fils Unique.

Lui-même, ayant aimé les siens jusqu'à la fin, sachant que l'heure était venue de passer de ce monde vers le Père, au cours d'un repas, Il leur lava les pieds et leur donna le commandement de l'amour. Puis pour leur laisser un gage de cet amour, pour ne jamais s'éloigner des siens et pour les rendre participants de sa Pâque, Il institua l'Eucharistie comme mémorial de sa mort et de sa résurrection, et Il ordonna à ses apôtres de le célébrer jusqu'à son retour, les établissant alors prêtres du Nouveau Testament. CEC 1337.

Après avoir consacré le pain en son Corps et le vin en son Sang, et que le Seigneur Jésus a dit : « Faites ceci en mémoire de moi », à travers des générations de prêtres officiellement mandatés par lui-même, pour reproduire, en son Nom, son geste miraculeux, nous savons qu'Il est l'Emmanuel, Dieu au milieu de nous, et cela jusqu'à la consommation des siècles lorsqu'Il reviendra dans la gloire réunir tous les élus avec lui dans son ciel éternel.

L'Eucharistie, sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, est le sacrement par excellence. De façon générale, dit saint Thomas, un sacrement est le signe d'une chose sacrée, c'est-à-dire la grâce en tant que sanctifiant l'homme III 60, a2. Or l'Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne, n'est pas seulement le signe efficace de la grâce, mais l'auteur même de la grâce, Notre-Seigneur Jésus Christ. Elle ne contient pas seulement la vertu de la Passion du Christ, mais le Christ glorifié après sa Passion.

Aussi l'Eucharistie est par excellence le ''Mysterium fidei'', le mystère de foi comme dit la liturgie, préparation à la Présence éternelle dans la gloire. De ce mystère, nous ne pouvons nous approcher qu'avec un humble respect, sans nous en tenir au raisonnement humain qui doit se soumettre, mais en nous attachant ferment à la révélation Paul VI, Mysterium fidei (1965), n° 16, sous la conduite du magistère de l'Eglise n°22.

Dans le mystère de l'Incarnation, la gloire de la divinité avait transparu dans les miracles, l'enseignement, l'autorité de la parole de Jésus Christ : Il parlait comme ayant autorité Luc 4, 32 disaient de lui ses contemporains. Dans l'Eucharistie, nous ne voyons, touchons, goûtons que les espèces du pain et du vin. Ce que l'on ne comprend pas, ce que l'on ne voit pas, envers et contre tout, la foi vive nous l'assure, dit Saint Thomas, séquence ''Lauda Sion''.Et encore : Et si rien n'apparait aux sens, la foi suffit, à elle seule, pour affermir un cœur loyal Hymne ''Pange lingua''.

Aussi bien, la première annonce de l'Eucharistie, lors du discours du pain de vie, fut-elle un test crucial pour la foi des disciples. Beaucoup de ses disciples dirent donc : « Ce langage est dur, qui peut l'entendre ? » A partir de ce moment beaucoup de ses disciples se retirèrent et cessèrent de l'accompagner. Jn 6, 60.66.

L'Eucharistie est un mystère d'amour : eucharistia dicitur sacramentum charitatis III 73, a3 ad3. C'est ce qu'exprime saint Jean dans l'évangile de ce soir qui introduit à la dernière Cène : Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à l'extrême, c'est-à-dire jusqu'à la perfection de l'amour. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, que de se donner en pain de vie. Aussi Notre Sauveur a institué le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer tout au long des siècles le sacrifice de la Croix jusqu'à sa venue. Il a laissé à l'Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection. Sacrement de l'amour, signe de l'unité, lien de charité, banquet pascal où l'on reçoit le Christ en nourriture, où l'âme est comblée de grâces, et où nous est donné le gage de la gloire future. Vat. II, Constitution sur la liturgie, n°47.

La communion au Corps du Christ ressuscité conserve, accroît et renouvelle la vie de grâce reçue au Baptême, car en elle est rendu présent le sacrifice du Christ qui nous a réconciliés avec Dieu. La conversion et la pénitence quotidiennes trouvent ainsi leur source et leur nourriture dans l'Eucharistie. Par elle, sont fortifiés ceux qui vivent de la vie du Christ ; elle est l'antidote qui nous libère de nos fautes quotidiennes et nous préserve des péchés mortels. CEC 1436. Cette croissance de la vie chrétienne a besoin d'être nourrie par la communion eucharistique, pain vivant de notre pèlerinage, jusqu'au moment de la mort, où il nous sera donné comme viatique. CEC 1392.

Le Catéchisme dit aussi de l'Eucharistie qu'elle fait l'Église en réalisant l'unité du corps mystique CEC 1396. Ceux qui reçoivent la sainte communion sont unis plus étroitement au Christ. Par là même, le Christ les unit à tous les fidèles en un seul corps : l'Église. Saint Paul écrivait aux Corinthiens : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle pas communion au Corps du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au Corps du Christ ? Puisqu'il n'y a qu'un pain, à nous tous nous ne formons qu'un corps, car tous avons part à ce pain unique » I Co 10, 16-17. L'Eucharistie qui est l'offrande pure de tout le Corps du Christ à la gloire de son nom, contient et exprime toutes les formes de prière, elle est le sacrifice de louange. CEC 2643. Par la célébration eucharistique, nous nous unissons déjà à la liturgie du ciel et nous anticipons la vie éternelle quand Dieu sera tout en tous. CEC 1326.

Bref, l'Eucharistie est le résumé et la somme de notre foi : « Notre manière de penser s'accorde avec l'Eucharistie – dit saint Irénée – et l'Eucharistie en retour confirme notre manière de penser ». 1327.

Mais si le Fils de Dieu, par une condescendance d'amour, veut dès ici-bas faire ses délices d'être avec les enfants des hommes, il convient que les enfants des hommes fassent leurs délices d'être avec le Fils de Dieu. Le besoin de l'aimant d'être avec son aimé appelle aussi le besoin réciproque de l'Aimé d'être avec son divin Aimant. Là où est notre trésor, là doit se porter notre cœur.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.