Jeudi Saint, 29 mars 2018.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

assomption Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Le premier jour des Azymes, Jésus envoie deux de ses disciples en ville, pour y préparer la Pâque. Le soir venu, lui-même arrive avec les Douze dans cette salle haute garnie de coussins, et se met à table.

C'était l'observance de la liturgie juive dictée par le Seigneur Dieu à Moïse ; rappel de ce repas pascal prit un soir en Égypte, debout, la ceinture nouée, le bâton à la main ; mémoire de cette manducation d'un agneau mâle d'un an, sans tâche, dont on ne devait pas briser les os, et dont le sang devait marquer montants et linteau de la porte pour protéger cette demeure du passage de l'ange exterminateur.Ex 12, 1-14.

Sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde Jn 13, 1, le Seigneur Jésus va élever cette liturgie ancienne à sa perfection, à son état définitif. La Passion qui va s'ouvrir est la source et l'objet de la liturgie nouvelle : ''source'' en ce sens que c'est dans sa Passion que le Seigneur Jésus a acquis ce trésor de mérites que les sacrements vont répandre sur le monde ; ''objet'' en ce sens que tout acte liturgique fait mémoire des souffrances, de la mort et de la résurrection du Seigneur : Canon romain : Unde et memores (…) beatae passionis, nec non et ab inferis resurrectionis.

Sur la croix, de son côté ouvert, le Seigneur Jésus engendra l'Église, Corps et Épouse mystique dont il demeure la tête, et qui demeurera ici-bas après que l'Époux soit remonté vers le Père. Il lui confia la garde de son trésor, de ses sacrements.

Le Fils venu dans la chair est l'Agneau sans tâche qui, dans une obéissance d'amour envers son Père, va Lui être immolé et offert pour le salut de tous. Il convenait que, de ce mystère de la Passion qui va s'ouvrir, il nous reste un mémorial. Non pas un simple souvenir, mais que la réalité invisible nous soit présente à travers un signe sensible réalisant de façon pleinement efficace ce qu'il signifie.

Au Cénacle le Seigneur Jésus, avec toute sa puissance de Fils de Dieu et en parfaite conformité de volonté avec son Père, déclare que les paroles dites sur le pain et le vin: "Ceci est mon Corps, qui va être livré pour vous" Lc 22, "Ceci est mon Sang, le Sang de l’alliance qui va être répandue pour la multitude" Mc 14, 24, que ces paroles sont pleinement efficaces. L’acte rédempteur est présent, la transsubstantiation se fait. Si les accidents, les aspects sensibles du pain et du vin demeurent, la substance, ce qui est dessous a changé. Ce n’est plus celle du pain et du vin, mais celle du vrai Corps et du vrai Sang du Christ Jésus là réellement présent avec son âme et sa divinité.

La liturgie juive, cette prière publique et officielle de l’Ancienne alliance, est, par l’action du Seigneur Jésus, accomplie et dépassée. Là, devant les Douze qui représentent l’Eglise naissante, il exerce sa fonction sacerdotale dans laquelle la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles, et est réalisée dans les sacrements et sacramentaux, et dans laquelle le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire par le Chef et ses membres Sacrosanctum Concilium 7. Ce qui n’était que paroles et rites commémorant un fait passé, laisse place à la réalité : le Christ souffrant, mort et ressuscité. L’Église pourra donc faire monter vers le Ciel, nuit et jour, et tout au long des siècles, jusqu’à que se lève le plein jour de l’éternité, une prière vivante et efficace toujours agrée du Père.

L’Eucharistie que le Christ Jésus institue au soir du Jeudi Saint, est le centre de la liturgie. Tous les sacrements, qui n’ont qu’un seul but : donner la vie et la donner en abondance, lui sont ordonnés :
- Le baptême, en nous faisant fils de Dieu, nous rend apte à communier ;
- La confirmation parachève l'œuvre d'initiation en nous fortifiant dans l'amour ;
- Le sacerdoce donne des prêtres capables de consacrer validement le pain et le vin au Corps et au Sang du Christ ;
- La réconciliation, cette deuxième planche de salut, nous réadmet dans la communion avec toute l'Église ;
- Le mariage représente l'amour du Christ pour l'Église ;
- Le sacrement des malades nous prépare à la communion éternelle.

L’année liturgique, qui va du premier dimanche de l’Avent, jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte, en passant par Noël et le Carême, a son centre dans le mystère de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Seigneur, dont le sacrifice eucharistique est la commémoration.

L’office divin, ces heures canoniales que l’Église récite ou chante tout au long de la journée, en particulier par la bouche de ses consacrés, a, en son centre, le sacrifice de la messe d’où rayonne cette louange au Dieu trois fois saint.

Aussi la Constitution Conciliaire Sacrosanctum Concilium 10 peut affirmer que la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vigueur.

Enfin, Benoît XVI rappelait qu'il n'y a qu'une seule liturgie au ciel et sur la terre : La liturgie ne se réduit jamais – disait-il – à la simple réunion d'un groupe qui fait sa propre célébration. Par la participation au retour de Jésus vers le Père, nous nous trouvons également dans la communion des saints. Oui, d'une certaine manière nous participons à la liturgie du ciel. Cal. Ratzinger, ''Dieu et le monde''.

Ici-bas, dans la foi, dans l'Eucharistie nous adorons Jésus réellement présent. De l'autre côté du voile ce sera dans une vision immédiate que nous adorerons le Christ rayonnant de gloire.

Après avoir lavé les pieds de ses disciples, repris ses vêtements et s'être remis à table, Jésus leur dit : « Vous aussi faites de même. Je vous ai donné l'exemple pour que vous agissiez comme j'ai agi envers vous » Jn 13, 12-15. Et après avoir consacré le pain il dit encore : « Faites ceci en mémoire de moi » Lc 22, 19. L'ordre divin demeure, la permanence dans le temps des actes liturgiques fait vivre l'Église jusqu'à ce que le Christ revienne à la fin des temps. Aussi, la liturgie est-elle la source première et nécessaire de la vie chrétienne. Y participer doit être désiré et vécu avec ardeur. Sacrosanctum concilium 14.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.