Messe de Minuit de Noël, 25 décembre 2018.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

noël Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Dieu est unique, absolument un dans son essence infiniment sainte, comme dans toutes ses perfections. Habitant une lumière inaccessible I Tm 6, 16, il est de toute éternité Celui qui est. Credo de Paul VI. Il n’y a pas d’avant et d’après pour lui.

Dieu est, et il est Amour nous dira saint Jean. L’amour dit un mouvement, un élan vers l’aimé, l’amour dit une vie. En Dieu est la vie, il est Vie.

Cette vie est en engendrement perpétuel au sein de la divinité. Le Père, qui n’a été fait, ni créé, ni engendré par personne, engendre éternellement un Fils ; ce Fils vient du Père, qui ne l’a pas fait, ni créé, mais qu’il engendre éternellement. Et du Père et du Fils procède, comme leur éternel amour, le Saint Esprit.

Aussi, autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint Esprit, cependant le Père, le Fils et le Saint Esprit, n’ont qu’une même divinité, une gloire égale, une majesté coéternelle. Tel est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint Esprit, incréé, infini, éternel, tout puissant. Et dans cette Trinité, rien n’a précédé, rien n’a suivi ; il n’y a pas de plus grand et de moins grand, mais les trois Personnes sont entièrement coéternelles et égales entre elles Symbole de saint Athanase.

Parce que l’Amour aime à se répandre, sans aucune nécessité, sinon celle de l’amour, Dieu créa par simple vouloir l’univers visible, cet écrin, ce jardin merveilleux où il voulut, créa et plaça nos premiers parents.

L’Amour voulant être aimé librement, le premier couple fut créé libre. On sait la suite, mais Dieu n’échoue pas, son amour est plus grand que toutes les faiblesses humaines. Aussi, dès la chute, le Seigneur Dieu laissa entrevoir la possibilité d’une rédemption future. Mais l’offense commise envers la suprême majesté divine ayant un caractère d’infini, aucune satisfaction d’homme ordinaire ne pouvait être suffisante. Il fallait donc, pour une satisfaction équitable, un acte d’une efficacité infinie.

Aussi après une longue préparation, quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils Ga 4, 4 pour chercher et sauver ce qui était perdu :
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais Tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : voici, je viens pour faire, ô Père, ta volonté. Ps 40, 7-9.

Par l’opération du Saint Esprit, il prit chair de la Vierge Marie pour se faire homme et naquit de sa substance dans le temps. Parfaitement Dieu, il est aussi parfaitement homme, composé d’une âme raisonnable et d’un corps humain. Egal au Père par sa divinité, il est inférieur au Père en son humanité. Et bien qu’il soit Dieu et homme, il ne forme pas deux Christs, mais un seul. Il est parfaitement un, sans mélange des natures, mais dans l’unité de sa personne. Symbole de saint Athanase. Unité qui ne vient pas d’un changement de sa divinité en humanité, mais de l’union de son humanité à la divinité. Dans l’incarnation, Dieu n’a pas changé, il est et reste immuable. Tout le changement est du côté de la créature qui se trouve ainsi unie à Dieu de façon toute spéciale. Ad 1.

Saint Jean Damascène au VIIIème siècle disait :
Par le mystère de l’Incarnation nous sont manifestées à la fois la bonté, la sagesse, la justice, et la puissance de Dieu :
- sa bonté, car il n’a pas dédaigné d’épouser l’infirmité de notre propre chair ;
- sa justice, car l’homme ayant été vaincu par le tyran du monde, Dieu a voulu que ce tyran fût à son tour vaincu par l’homme, et c’est en respectant notre liberté qu’il nous a arrachés à la mort ;
- sa sagesse, car à la situation la plus difficile, il a su donner la solution la meilleure ;
- sa puissance infinie enfin, car il ne peut y avoir rien de plus grand qu’un Dieu fait homme. Cité dans III q1, a1.

Dieu n’était pas tenu de s’incarner pour la restauration du genre humain, car en vertu de sa toute puissance, il pouvait obtenir ce résultat de multiples façons :
Mais, dit saint Augustin, si Dieu ne manquait pas de moyens possibles, il n’en avait pas de plus convenable pour remédier à notre misère.

Et c’est ce que nous adorons en cette nuit très sainte. Par surabondance de grandeur, d’amour et de miséricorde, le Fils éternel du Père s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu saint Augustin. Q1, a2, il s’est abaissé pour nous élever. Depuis le baptême il demeure en nous, et il nous invite à demeurer en lui ; à chaque communion c’est un peu Noël en nous. Hâtons nous d’aller à lui.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.