Messe de Minuit de Noël, 25 décembre 2016.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

noël Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

La naissance vient de se faire. Cela s'est passé sans les héritages de la faute originelle que sont les douleurs et les pertes de sang. Il n'a pas été besoin de sage-femme, saint Joseph a reçu l'Enfant dans ses bras le plus simplement et bellement possible. Le nouveau-né a commencé par crier, c'est la respiration qui se met en marche, puis il a ouvert les yeux, probablement a-t-il souri à sa mère, en tout cas elle, elle lui a souri. Puis il a tété et serré ses petites mains. L'Enfant est très beau, sain, bien portant. Il répond positivement à tous les tests que l'instinct maternel lui a proposés. Ensuite, sa mère l'a enveloppé de langes, l'a couché dans le râtelier, là, sur du foin fin. Elle s'est alors un peu reposée pendant que Joseph a pris le temps de ranger la grotte, de s'installer, de faire chauffer le thé. Puis, avant que les bergers arrivent, il a regardé, il a pris le temps de regardé l'Enfant et sa mère. Comme les chérubins, il était uniquement œil, et s'est émerveillé.
L'Ange lui avait dit :

« Ne crains pas ».

Cette parole avait eu pour Joseph l'efficacité d'un sacrement. Avec une confiance sans borne, il avait donc pris chez lui Marie son épouse ; sur l'ordre de l'Empereur, bien que sachant sa femme enceinte de neuf mois, il était parti pour Bethléem. Il le reconnait, la naissance a eu lieu providentiellement dans la patrie de David, c'est pour lui, descendant du roi prophète, une grande joie.
L'Ange avait dit aussi à Joseph :

« Ce qui est engendré en ton épouse vient de l'Esprit Saint ».

Il n'avait pas alors posé de question, mais savait-il vraiment qui était cet Esprit Saint ? Savait-il que c'est la troisième personne de la Sainte Trinité, qui procède du Père et du Fils ? Sans doute n'aurait-il pas pu réciter tous les articles du Credo, mais l'Esprit Saint avait rempli son âme de ses dons qui l'éclairaient sur tous les mystères dont il était témoin. La foi de cet homme juste, c'est-à-dire en adéquation avec la Parole de Dieu, lui faisait voir maintenant le salut en marche : Dieu se faisant homme pour être frère de tous les hommes, et pour les racheter tous du péché.

« Joseph, bienheureux toi qui a cru ! »

L'Ange lui avait dit :

« Elle enfantera un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus » .

L'enfantement venait d'avoir lieu ; dans huit jours, ce sera la circoncision, et là il assumerait sa vocation de père virginal en imposant lui-même à l'Enfant le nom que le Ciel a voulu pour lui. Aussi est-ce avec un regard chargé d'amour et de vérité qu'il contemple cet Enfant qui lui a été donné comme son fils. Ce petit Jésus, dormant, là dans la crèche, non seulement on lui a demandé d'en avoir la responsabilité, mais de tenir auprès de lui la place de son Père éternel qui est Amour et source inépuisable de l'amour. Et l'amour incitant et dilatant le regard, Joseph est en grande contemplation amoureuse et en admiration devant sa beauté et sa majesté pleine de simplicité.

Et Joseph, en regardant le nouveau né, se laisse pénétrer par ce que l'Ange avait ajouté:

« C'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».

Comme tous les juifs justes et pieux, Joseph savait qu'un Messie devait venir, quelqu'un hors du commun qui devait sauver de façon définitive Israël. Comme tout le monde, Joseph savait qu'il devait naître à Bethléem. Mais qui serait-il ? Quand cela devait-il se faire? Eh bien là, ce soir, l'espérance était née en Joseph, l'espérance du ciel et des moyens pour y parvenir, et cela ne le quitterait plus : le Messie, c'est cet Enfant vrai Dieu et vrai homme.
Sans parole, l'esprit apaisé, le cœur purifié, le regard pénétrant, maintenu captif par l'amour, Joseph continuait à regarder l'Enfant dormant :

« Joseph, tu as choisi la meilleure part, elle ne te sera pas retirée ».

Assisté par l'Esprit Saint, il ne se lassait pas d'être là en sa présence. Renonçant à son « moi », il n'était attentif qu'à Lui. Animé par tout ce qu'il voyait, il méditait dans son cœur les Saintes Ecritures et entrait dans les profondeurs des réalités invisibles du mystère.
Le saint homme regardait aussi Marie son épouse qui, elle aussi, était tout regard pour son fils. Marie était belle, rayonnante de vie et de grâce, le cœur chantant un perpétuel Magnificat. Elle était aimable et Joseph l'aimait. Ensemble, ils étaient entrés dans ce dessein de la rédemption de l'humanité voulue par Dieu, ensemble ils savouraient la grâce de cette heure unique dans l'histoire du monde.
Mais voici qu'on entend les bergers arriver, et derrière eux les mages et toute l'Eglise militante. Avec bonté Joseph accueille chacun. Son zèle, tout imprégné de silence et d'adoration se communique aux arrivants, et fait trouver à chacun la bonne attitude, les bons gestes et les bons mots pour parler et adorer celui qui vient de naître, le Christ Jésus, pour connaître Dieu comme j'en ai été connu I Co, 13, 12. Amen.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.