Dimanche de Pâques,1er avril 2018.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

pâques Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Il est mort et bien mort, on en est tous témoins. Et pour qu'il n'y ait aucun doute le soldat qui était là en faction, un professionnel, lui a donné un coup de lance bien placé. Avec force larmes et émotions, quelques uns de ses amis et disciples l'ont mis au tombeau avec tous ce qu'il fallait d'aromate, de suaire et de bandelettes. A plusieurs, ils ont roulé la pierre fermant le sépulcre. Par surcroit de sécurité, l'autorité romaine y a placé les scellés et député un piquet de garde. Pour faire tout cela avant le coucher du soleil, on avait mis la pression. Après quoi le grand sabbat pouvait venir, on avait fait son devoir, on pouvait se reposer.

Jésus, lui, après avoir crié un grand cri, incliné la tête et remis son esprit, était mort et vraiment mort. Son âme, séparée de son corps, descend en ce lieu spirituel, un état mystérieux où, depuis Adam, les âmes attendent la Lumière déifique.

Par sa mort, le Christ, qui est voie, vérité et vie, arrive devant l'Hadès. Comme le montrent les icônes byzantines, il en arrache les verrous, marche sur les portes, et pénètre dans ce royaume de la mort qui n'a encore jamais laissé échapper un de ses sujets. Trois jours, l'âme de Jésus, toujours unie à sa divinité, reste là. Lumière née de la Lumière, elle éclaire tout ce monde des ténèbres. Par sa descente aux enfers, Jésus applique sa Passion, cause universelle de salut des hommes, à tous les morts III 52, a1. Il rend vie à toutes ces âmes des justes voulues et créées par Dieu pour resplendir de sa gloire.

Saint Pierre écrira dans son épitre :
Il est allé faire sa proclamation aux esprits en prison, ceux qui avaient désobéi jadis, lorsque temporisait la patience divine. I Pet 3, 18-20.

Au petit matin du premier jour de la semaine, l'âme du Christ remonte des enfers et réanime son corps. Cette ré-habitation du corps de Jésus par son âme produit comme une déflagration, la terre s'émeut et tremble. C'est quelque chose de tellement nouveau, et pourtant si attendu depuis le début de l'humanité : le Verbe de Dieu qui avait pris une chair de la Vierge Marie, qui l'avait déposée dans la mort, aujourd'hui la reprend glorieuse. Le sépulcre, seul témoin de la résurrection, est, si on peut dire, comme en surpression, la pierre roule comme un fétu, les soldats tombent terrassés de crainte, des anges arrivent, les femmes tremblent. Le monde ancien s'en est allé, le monde nouveau commence. Le lien de charité réciproque que de toute éternité le Seigneur Dieu avait voulu entre le Ciel et la terre, entre l'homme et son Créateur, ce lien que le péché de nos premiers parents avait rompu, est restauré, le corps de Jésus a traversé la mort pour ressortir vivant et transfiguré, de l'autre côté du voile, montrant ses stigmates rayonnantes de charité. Il devient le pont merveilleux par lequel toutes les âmes des justes montent vers le Royaume des Cieux en présence de Dieu, où elles attendent dans la joie d'un éternel Alléluia la résurrection de leur propre corps.

Le Seigneur, lui, commence sa vie de ressuscité. Il a achevé l'œuvre pour laquelle il était venu :
« C'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes » dira l'Epitre aux Hébreux Hb. 10, 10.

Toute l'humanité rachetée est là groupée autour du Ressuscité qui se présente devant son Père, pour faire comme une première dédicace de l'Eglise, en attendant celle de l'éternité, et chanter une hymne d'action de grâce. Devant la splendeur de l'œuvre de la rédemption, il se sent pressé, comme à toutes les grandes heures de sa vie, de dire « Merci » à son Père, un merci plénier. C'est le « Résurrexi », c'est une extase de Dieu en Dieu. « Resurrexi - Je suis ressuscité-Ego sum - c'est moi. Père l'obéissance à ta volonté a été ma nourriture. Tu m'as envoyé pour Te réconcilier les hommes. Après ma Passion, la croix et la gloire de ma résurrection, je suis à Toi, avec Toi, en Toi pour l'éternité ». Cf. Dom Gajard, ''Les mélodies de la Semaine Sainte''.

Les femmes arrivent au sépulcre, avec en tête Marie-Madeleine, la grande amoureuse. Elles sont secouées par le tremblement de terre, elles voient l'Ange du Seigneur descendre du ciel, rouler la pierre et s'assoir dessus. « Celui que vous cherchez parmi les morts est vivant ». Madeleine court prévenir Pierre et les autres. Celui-ci accompagné de Jean se hâte jusqu'au tombeau vide. Le disciple bien aimé pénètre, voit les linges et croit.
Oui, - dira saint Léon - notre résurrection a commencé dans le Christ du fait que, en Celui qui est mort pour tous, la forme même de toute espérance nous a précédés. Nous n'hésitons pas sous l'effet du doute, nous ne flottons pas dans une attente incertaine mais, le début de ce qui nous a été promis nous ayant été donné, nous apercevons déjà des yeux de la foi ce qui viendra plus tard ; remplis de la joie que suscite l'élévation de notre nature, nous tenons déjà ce que nous croyons Sermon 71, n°4, SC 74, p.126.

Marie avait suivi son Fils au Calvaire. Debout près de la croix, Elle croyait que son Fils, celui-même qui se mourrait là devant Elle, était le Fils de Dieu, Elle croyait qu'il était en train de racheter le monde. En elle seule la foi de toute l'Eglise subsistait. Mère de l'Eglise ora pro nobis. Trois jours après, Jésus lui apparait : « Resurrexi – Je suis ressuscité ». « Magnificat anima mea Dominum» lui répond sa Mère.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.