Dimanche de Pâques,16 avril 2017.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

pâques Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Au premier jour de la création Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », et les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir et il y eut un matin. Gn 3-5.

En ce premier matin de la création, tout n'était que lumière et beauté lumineuse.

Et puis on le sait, quelques jours après dans la soirée, Ève succomba aux suggestions du serpent, prit du fruit défendu et en donna à son mari qui communia à son péché.

Du jardin d'Eden, ils furent chassés dans les ténèbres extérieures. A partir de cette heure le monde resta dans la nuit du péché.

Pourtant, était-ce nostalgie de ce premier matin ou pressentiment d'un matin nouveau à venir, les psaumes aimaient à rappeler cette heure matinale où la prière monte plus facilement vers le Ciel :
- Ps 5, 4 Seigneur, dès le matin je T'expose mon âme, dès le matin Tu entends ma voix.
- Ps 58, 17 Dès le matin j'acclamerai Ta fidélité.
- Ps 87, 14 Et moi, Seigneur, je crie vers Toi, dès le matin ma prière va au-devant de Toi.
- Ps 91, 3 Il est bon d'annoncer Ta fidélité le matin.

Mais les psaumes relèvent aussi que, non seulement il y a de grand matin comme un courant ascendant qui porte la prière vers le haut, mais que c'est à cette heure là aussi que le Seigneur aime à faire descendre sa réponse :

> Ps 45, 6 Dieu lui prête secours au tournant du matin disent-ils. Et encore : Ps 89, 14 Le matin il nous rassasie de sa fidélité.

Malgré cela, la nuit régnait toujours sur les âmes. Dès la première page de son évangile, saint Jean rappelle que les ténèbres recouvraient le monde cf. Jn 1, 5.

Depuis plus de quatre mille ans, on en était là quand, en ces temps qui sont les derniers, le Verbe de Dieu, qui est Lumière née de la Lumière, est venu dans la chair. Lumière et ténèbres se sont alors affrontés dans un duel gigantesque. Et tout au long du récit de la Passion, la nuit semble vouloir l'emporter : ainsi, lorsque Judas quitte le cénacle pour faire son œuvre de trahison, saint Jean précise « il faisait nuit » Jn 13, 30 ; l'arrestation de Jésus ainsi que le procès chez le grand-prêtre se font de nuit à la lueur des torches; de la crucifixion jusqu'à la mort du Seigneur, les synoptiques nous disent que les ténèbres recouvrirent la terre entière Mt 27, 45. Tout cela est signe des ténèbres intérieures qui, mis à part la Vierge Immaculée, habitaient tous les cœurs.

Et puis, trois jours après, alors que tous ceux qui avaient un peu espéré que c'était Lui qui délivrerait Israël, s'en allaient tristes et mornes Lc 24, 17.21, tout d'un coup, il y a un matin. Tant de siècles qu'il n'y en avait pas eu, on ne savait plus ce que c'était, à tel point que les soldats qui gardaient le tombeau en tombent comme morts Mt 28, 4!

De fait, les quatre évangélistes sont unanimes pour nous dire que l'évènement du jour nouveau se produisit de grand matin, dit l'un Lc 24, 22, à la pointe de l'aurore, dit l'autre Lc 24, 1, comme le soleil se levait, dit un troisième Mc 16, 2, ou encore comme le premier jour de la semaine commençait à poindre Mt 28, 1.

C'était l'accomplissement des Écritures : Le Seigneur fera éclater sa justice de grand matin, avait prophétisé Sophonie 2, 5. Et Amos 5, 3 avait annoncé que : Dieu changera les ténèbres en matin.

Après tant de siècles de ténèbres, de péchés, et de chemin vers un ciel fermé, la résurrection du Christ éclaire toutes choses et les fait neuves, les vieilles habitudes, le vieux levain, tout cela est balayé. C'est la joie qui éclate devant la nouveauté, et les femmes, les apôtres, les disciples courent partout pour annoncer la résurrection de Celui qui est la Lumière véritable cf. Jn 8, 12.

Et ce matin n'est pas n'importe quel matin, c'est celui du premier jour de la semaine. Toute la Passion s'était passée avec la préoccupation du sabbat, point final d'un monde qui vient de s'engloutir.

Avec ce matin nouveau, tout cela est dépassé, il nous fait entrer dans une ère nouvelle, il y a comme une recréation du monde qui, non seulement rejoint le premier jour initial, mais va le parachever, va lui donner son terme. Le Christ, celui qui a été engendré avant l'aurore Ps 109, 3, par sa résurrection, nous a rouvert les portes du Paradis. Comme l'écrit saint Jean dans son épitre : les ténèbres s'en sont allées et la véritable lumière brille déjà I Jn 2, 8.

Marie, sentinelle du matin, première témoin de la résurrection, voit sa foi confirmée. Et nous, qui tout le carême avons attendu cette heure nouvelle, vivons en enfants de lumière, nous souvenant selon le mot de saint Jean que celui qui aime son frère demeure dans la lumière I Jn 2, 10.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.