Dimanche de Pâques, 27 mars 2016.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

pâques Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Il est mort, et il est bien mort. C'était à quinze heures, nombreux en sont témoins. Un soldat s'en est même assuré en le transperçant de sa lance. Ce qui restait en lui de sang et d'eau a alors coulé abondamment. Après quoi, on l'a descendu de la croix, on a mis sur lui un mélange de cent livres de myrrhe et d'aloès, et on l'a enveloppé dans un suaire avec des bandelettes. Joseph d'Arimathie, Nicodème et Jean, aidés des femmes, ont déposé le corps ainsi préparé dans un tombeau neuf taillé dans le roc à proximité. Une grosse pierre a été roulée devant la porte. L'autorité judiciaire a posé les scellés dessus, et une garde armée veille auprès du sépulcre. Et tout cela s'est fait avant le coucher du soleil. Oui, il est mort, et vraiment mort.

Si le Christ n'est pas ressuscité – dit Saint Paul aux Corinthiens – vide est notre prédication, vide aussi notre foi. Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu'il a ressuscité le Christ. (I Co. 15,14+.)

Mais voila deux jours que ces choses se sont passées (Lc 24, 21), quand ce matin même, au levé du soleil, un grand tremblement de terre secoue la terre ; l'Ange de Dieu, à l'aspect de l'éclair en habits éblouissants, est vu descendre du ciel, il roule la pierre, et s'assit dessus ; les gardes sont comme morts de peur, le tombeau qu'ils gardaient est ouvert, le corps n'est plus là, les bandelettes sont à terre et les linges pliés à part.

« Il est ressuscité » disent les Anges aux femmes.

Jean, arrive en courant, entre dans le tombeau : Il voit et il croit. Marie-Madeleine pleure à côté, quelqu'un est là qui l'appelle par son nom. Elle se retourne : « Rabbouni » s'écrit-elle en se jetant aux pieds du Ressuscité.

Peut après Il apparait à Pierre. Dans l'après midi, deux disciples s'en retournent vers Emmaüs, Jésus vient marcher avec eux. A l'étape ils le reconnaissent à la fraction du pain, et, le cœur remplis de joie, ils reviennent en hâte à Jérusalem annoncer la bonne Nouvelle à tous. Le soir même, les disciples sont réunis toutes portes closes. Tout d'un coup Jésus est là au milieu d'eux. « Paix soit à vous » leur dit-il.

Oui, il était mort, et il est maintenant vivant.

Jésus est vraiment ressuscité. Il n'est pas revenu à une vie humaine normale de ce monde, comme c'était arrivé à Lazare et aux autres morts ressuscités par lui. Il est sorti vers une vie différente, nouvelle, vers l'immensité de Dieu et, partant de là, Il s'est manifesté aux siens. Le monde ancien s'en est allé, et voici qu'Il fait toutes choses neuves. (Ap. 21,5.)

De fait, quelque chose de véritablement nouveau s'est produit, qui change le monde et la situation de l'homme. Celui-ci n'est plus cet être fait pour la mort dont parle Heidegger, il est appelé à la vie infinie et à partager la gloire divine. (Fabrice Hadjadj, "Résurrection Mode d'emploi" 2016 C'est que :

Le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. (I Co 15, 20.)

Au jour de Pâques, Dieu s'est vraiment manifesté, et la marche du monde en a basculé. Jésus devient le critère sur lequel nous pouvons nous appuyer. Dans sa Résurrection, une nouvelle possibilité d'être homme est atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir d'un genre nouveau pour les hommes. C'est seulement dans la mesure où nous la comprenons comme un élément universel, comme l'inauguration d'une nouvelle dimension de l'existence humaine, que nous sommes sur la voie d'une interprétation juste du témoignage sur la Résurrection. (Benoît XVI, "Jésus de Nazareth t.III p.276, 278

Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie a ouvert les portes du ciel fermées depuis le péché d'Adam. Ce jour là, l'espérance est née, la joie est venue dans le monde. Alors les Apôtres pourront partir jusqu'aux extrémités de la terre annoncer la Bonne Nouvelle de cette résurrection. Les martyrs accepteront de verser leur sang au nom de Jésus-Christ. Les baptisés voudront vivre les exigences du Royaume. Des hommes et des femmes vont marcher à la suite du Christ vers les périphéries existentielles. Des âmes voudront s'enfouir dans le cloître pour contempler, dans la foi, le Ressuscité. Tous ils voudront devenir des saints.

Mais les autres, que vont-ils devenir ? Car celui qui a cessé de croire en Dieu, ce n'est pas pour ne croire en rien, mais pour croire en n'importe quoi ? Pour refuser la foi en la résurrection ils vont aller adorer l'argent, la matière, leur personne ou quelque dieu du sport, à moins qu'ils ne se tournent vers l'un de ces prophètes qui va les ensorceler.

L'heure vient même – disait Jésus avant sa pâque – où qui vous tuera estimera rendre un culte à Dieu. Ils en arriveront là pour n'avoir connu ni le Père ni moi. (Jn 16, 2-3) pour n'avoir pas cru en ma résurrection, en ma victoire sur la mort.

Que Marie, la Regina Cæli, conduise tous les hommes fortiter et suaviter à la reconnaissance de la résurrection de son Fils.

La vie subsistante et vraie, c'est le Père qui, par le Fils et en l'Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle. (Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse baptismale 18, 29.)

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.