Messe commémorative de la translation des reliques de St Benoît, le 11 juillet 2017.

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,

assomption Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

Dès l'apparition de l'Eglise à la Pentecôte, la première communauté chrétienne donne le modèle que s'efforceront de suivre, siècle après siècle, tous ceux qui voudront se consacrer à Dieu. Les Actes des Apôtres nous rapportent en effet : Qu'ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. (...) Tous ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun Ac 2, 42.44.

A partir de l'an 313, avec la paix de l'Eglise, pour la vie consacrée en général, et monastique en particulier, c'est comme un grand feu qui embrase tout le bassin méditerranéen : Antoine, Pacôme, Macaire, Hilarion Jérôme, Ruffin, pour ne citer que quelques noms parmi les milliers de ces géants de sainteté qui ont peuplé nos déserts. Parallèlement toutes les expériences, les bonnes comme les mauvaises, sont faites. Jean Cassien et saint Basile, qui sont de la deuxième génération, écrivent les premières ''grammaires'' de la vie monastique.
Vient alors Benoît. Il n'a pas vingt ans. Confiant dans le secours divin, il se jette seul dans la fournaise de la vie érémitique. Plus de trois ans d'un âpre combat contre soi-même et les forces du mal. Un jour même il est prêt à baisser les bras, mais Dieu ne lui permet pas, et il remporte la victoire, une victoire définitive. Alors, comme dit de lui Saint Grégoire : "Beaucoup de personnes se mirent à quitter le monde pour venir se ranger sous sa conduite. C'est que, libéré du tourment des tentations, il devint à bon droit un maître de vertu Dialogue, livre 2, ch. 2.

Saint Benoît est, de fait, un de ces quelques grands maîtres de vie spirituelle que compte l'Eglise. Depuis quinze siècles il apprend à tous ceux qui se réfèrent à lui, à courir vers les hauteurs. Sur le soir de sa vie, il écrira une Règle des moines, autrement dit le règlement de cette école du service du Seigneur, comme il veut voir son monastère. C'est un précis de tout le christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'évangile, de toutes les institutions de saints Pères, de tous les conseils de perfection. Bossuet, 21 mars 1665.

Cette Règle est là pour conduire les âmes, sous la protection de Dieu, vers les sommets sublimes SR, ch. 73 de l'union transformante. Dès l'ouverture saint Benoît y parle en maître : Ecoute, ô mon fils, les préceptes du Maître Prologue de la Règle.

Il enseigne avec autorité, et il a devoir de le faire. Mais il sait, et c'est là que réside sa grande maitrise, que: Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé Jn 7, 16.

Car de Maître, il n'y en a qu'un, le Christ Mt 23, 8.10. Notre Bienheureux Père ne disant avec saint Paul que : Soyez mes imitateurs comme je suis moi-même du Christ I Co 11, 1.

Et le moine, lui, veut être le disciple du Maître, celui qui reçoit son enseignement et qui, peu à peu, le met en pratique. Etre disciple implique donc de rompre avec le passé. Suivre Jésus, c'est répondre à cet appel dont il a l'initiative Mt 1, 17+, et c'est calquer sa conduite sur la sienne, écouter ses leçons et conformer sa vie d'après celle du Sauveur : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples Jn 8, 31.

Le disciple travaille à demeurer dans la doctrine du Christ II Jn 9 pour comprendre à quel point il est une seule chose avec le Père, et devenir ainsi témoin de son mystère. Le disciple va parcourir un chemin, une purification, et arriver à la communion intérieure avec Jésus, ce qui ne pourra se faire qu'avec le secours de l'Esprit Saint. Cela exige d'abord un renoncement profond, radical, à toute attache terrestre, un renoncement librement consenti, par amour. C'est pourquoi l'invitation est sans équivoque : Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple Lc 14, 26 ;

et encore : Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple Lc 14, 33.

Le véritable disciple de Jésus est appelé non seulement à se laisser enseigner, et à renoncer à tout, mais encore à partager le même destin que le Maître : Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive Mc 8, 34+.
Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer sa tête.

Il faudra boire à la coupe du Sauveur : Le calice que je vais boire, vous le boirez, et vous serez baptisés du même baptême dont je vais être baptisé Mc 10, 39.

Ceci afin de recevoir de lui le Royaume : Quiconque aura quitté maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants, ou champs, à cause de mon nom, recevra le centuple et aura la vie éternelle en possession Mt 19, 28+.

Au monastère saint Benoît délègue le rôle de Maître à l'abbé. Aussi veut-il que celui-ci soit docte ch. 2, 64. Il faut lui obéir, car le but de la Sainte Règle et de faire progresser sans cesse la vie du disciple dans l'enseignement divin, de persévérer dans la sainte doctrine révélée par le Christ Sauveur pour en goûter toute la profondeur :> Ne t'écartant jamais de l'enseignement du maître souverain et persévérant dans sa doctrine (...) tu parviendras (...) à ces hauteurs de doctrine et de vertu Pr, ch. 73.

Saint Benoît, par l'intermédiaire de l'abbé, va donc façonner l'âme de son moine pour qu'il devienne toujours plus disciple du Maître : Il convient au disciple d'obéir au maître ch. 3.
Et au même instant, pour ainsi dire, l'ordre du maître est exprimé et l'action du disciple accomplie ch. 5.
Il revient au maître de parler et d'enseigner ; se taire et écouter convient au disciple ch.6.

Il y a ainsi une volonté très claire chez saint Benoît de considérer le moine comme un « apprenant » continuel, depuis ses premiers pas hésitants comme postulant, jusqu'à son achèvement dans la vie vertueuse, toute assimilée et passée en Dieu, par le Christ, dans sa Passion et sa Résurrection.
Que la Vierge Marie, Mère et Reine de tous les moines, modèle de tout disciple authentique du Christ, nous aide à devenir des disciples attentifs et dociles du Seigneur.

Au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit. Amen.