Solennité de la Toussaint, 1er novembre 2018

Homélie prononcée par le Très Révérend Père Dom Bertrand de Hédouville,
Abbé de Notre-Dame de Randol,
Oblature du Frère Goëtghebeur

toussaint Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

L'Evangile des Béatitudes que nous venons d'entendre nous donne tout notre programme de vie, et à plus forte raison lorsque l'on s'apprête à s'offrir au Seigneur dans une oblation qui se veut pleine et définitive.
Neuf fois de suite le Seigneur a déclaré « Bienheureux » ceux qui écoutaient sa parole et la mettaient en pratique. Le ''Catéchisme de l'Eglise Catholique'' nous dit que :

Les béatitudes dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité ;
elles expriment la vocation des fidèles associés à la gloire de sa passion et de sa Résurrection ;
elles éclairent les actions et les attitudes caractéristiques de la vie chrétienne ;
elles sont les promesses paradoxales qui soutiennent l'espérance dans les tribulations ;
elles annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux disciples ;
elles sont inaugurées dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints. (CEC 1717).

Pour saint Thomas (I II, q1) l'homme aspire intrinsèquement au bonheur, c'est-à-dire à sa réalisation complète, à sa propre perfection, qui n'est autre que sa fin dernière, son but final.

La perfection est l'état d'un être complètement achevé, ne laissant plus rien à désirer. Du même coup la perfection assouvit toutes les aspirations et écarte toutes les craintes. Et c'est ainsi que, de la satisfaction consciente de toutes les aspirations de l'âme, résulte la béatitude, bien parfait, suprême, immuable de l'homme (art. 8).

La béatitude suppose l'achèvement de toute action, le repos dans la fin dernière conquise et désormais immuable. Elle est exclusivement possession du bien, et même du bien parfait pour l'homme. Rien ne lui manque.

La béatitude de l'homme ne consiste donc pas dans les richesses (q 2, a.1), ni dans les honneurs, la renommée ou la gloire (a 2-3), non plus que dans l'autorité, dans l'exercice du pouvoir ou quelque bien extérieur à lui. La béatitude n'est pas non plus un bien du corps quel qu'il soit (a 5), pas davantage dans la jouissance de quelque bien de l'âme (a 7). Le seul bien universel capable de combler entièrement les désirs de l'homme, c'est le Bien infini, Dieu lui-même. Lui seul rassasie, comme dit saint Thomas, lui seul peut combler éternellement, il est fin dernière et donc béatitude de l'homme (a 8).

Et cette béatitude, cette fin dernière, Dieu lui-même, nous est ouverte du fait que notre intelligence est capable de comprendre le bien universel, et notre volonté capable de le désirer (q 5, a 1). Mais, néanmoins, nous ne pouvons y atteindre par nos propres forces:

L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a point soupçonné ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment ! (II Cor 2, 9).

Il ne pouvait en être autrement puisque cette béatitude consiste dans la contemplation de la divine essence, laquelle surpasse nécessairement toute puissance créée.

Mais si le Créateur a donné à l'homme de grands désirs de sainteté - comme dit sainte Thérèse de l'Enfant Jésus - des aspirations tout à fait disproportionnées avec ses capacités, c'est que l'homme est appelé à se tourner vers Dieu qui seul peut lui procurer cette béatitude (a 5-6).

Pourtant dans la conquête de la béatitude nous y avons une part, c'est l'accomplissement des bonnes œuvres (a 7). C'est ce que le Seigneur Jésus assure en proclamant les béatitudes sur la montagne.

Quels sont ceux qui s'avancent, portant leur cœur au-devant d'eux, comme des flambeaux ? - Ecrivait Psichari - Ce sont les héroïques, les affamés de la vertu, les assoiffés de la justice. Certes, ils se sont gardés des chutes grossières. Mais ils jugent que c'est peu. Ils veulent cette pureté essentielle qui est l'entrée dans l'intelligence supérieure. Car tout est lié dans le système intérieur de l'homme, et la lumière profonde de ce qui est vrai manquera toujours à qui ne se sera point fait un cœur de cristal. (Psichari, ''Le voyage du centurion'', édition 1922, p. 188).

Voilà le programme de vie pour celui qui veut être heureux dans le ciel, pour celui qui veut faire partie de :

Cette foule immense que personne ne pourrait dénombrer de toute les nations, tribus, peuple et langue - dont parle l'Apocalypse - debout devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robe blanches, des palmes à la main. ((Ap 7, 9).

Et pour y atteindre, un chemin rapide, sinon aisé, indiqué par l'Eglise, est de se donner à Dieu dans la vie monastique. Depuis que le Christ nous a ouvert la voie, des milliers, et sans doute des millions, s'y sont engagés. Sur un appel de Dieu, ils se sont offerts à lui de façon définitive comme les oblats qui sont apporté sur l'autel pour être transsubstantiés au Corps et au Sang du Seigneur Christ, puis consommés.

Que Notre-Dame, dont la liturgie fête l'oblature au jour de sa Présentation au Temple où elle vécue séparée du monde pour être à Dieu, en Dieu, pour Dieu, que Marie donc couvre de son regard de jeune oblate celui qui va s'offrir en oblation au cours de cette messe de la solennité de tous les saints, et le guide afin qu'un jour il puisse être présenté dans le Temple de la gloire. (Collecte du 21 nov).

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.