Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

SAINT JEAN-GABRIEL PERBOYRE

Jean-Gabriel Perboyre naît le jour de l’Épiphanie, le 6 janvier 1802, à Mongesty près de Cahors, d’une famille profondément chrétienne qui donna à l’Église trois Lazaristes et deux Filles de la Charité.

A son adolescence, il doit accompagner pour quelques temps au séminaire son frère cadet, Louis, qui y entre et pour qui une proximité familiale lui permet de s’habituer à son nouveau cadre. Providence insoupçonnée ! Jean-Gabriel découvre que sa voie est aussi au séminaire : aspirant à un idéal sacerdotal et même missionnaire en filigrane des martyrs de la Révolution dont l’Église de France sort à peine.

Il choisit la Congrégation de la Mission fondée par saint Vincent de Paul en 1625 pour évangéliser les pauvres et former le clergé, mais d’abord pour inciter ses propres membres à la sainteté. Jean-Gabriel fut d’abord missionnaire dans son pays. Après son ordination sacerdotale en 1826, il reçut en autre la charge de formateur des séminaristes.

Son frère Louis, lazariste comme lui, avait demandé à être envoyé en Chine. Louis rejoignit durant le long voyage, à 24 ans, la mission …du Ciel. Jean-Gabriel demanda (malgré une santé fragile) à remplacer son frère et atteignit la Chine en août 1835. Après de long mois laborieux d’apprentissage de la langue, de la découverte de cette civilisation aux antipodes de l’Occident, il se lance dans un intense apostolat auprès des petites communautés chrétiennes bien que son corps et son âme souffrent beaucoup. Dans une nuit obscure, l’Esprit Saint le préparait au témoignage suprême.

En 1839, on assiste au déclenchement des persécutions contre la religion chrétienne proscrite en 1794 par l’Empereur manchou Quinlong. Parallèlement, la « guerre sino-britannique de l’opium » conduit à la fermeture des frontières de la Chine. Ces deux faits apparemment sans lien, ont vu cependant les missionnaires être confrontés à une vigilance constante. A l’approche d’une colonne de soldats, Jean-Gabriel se cache mais est dénoncé par un catéchumène faible. Prisonnier, soumis à l’arbitraire de ses gardiens et juges, on le présumait coupable. Oui, il était un prêtre chrétien ; non, il ne renoncerait jamais à la foi en Jésus-Christ. On voulait ensuite faire de ce missionnaire, un délateur. Il resta un témoin du Seigneur, malgré des interrogatoires brutaux, des moqueries, des accusations de relations immorales infondées, des sévices ignobles – comme les 110 coups de pantsé pour avoir refusé de piétiner le crucifix.

Le vice-roi, d’une cruauté sans nom, s’acharnait sur Jean-Gabriel devenu une ombre, un être d’une extrême fragilité. La sentence fut prononcée : la mort par strangulation. La confirmation par l’Empereur arriva le 11 septembre 1840. Le missionnaire fut dépouillé de sa tunique rouge et lié sur un poteau en forme de croix ; on lui passe la corde au cou. C’était la sixième heure. Une croix lumineuse apparut au ciel au même moment. Il fut le premier saint de Chine à être martyrisé sur une croix … à Wuhan (épicentre de la pandémie du coronavirus).

Fête liturgique le 11 septembre.

 

Suivons saint Jean-Gabriel sur son chemin de sainteté par des extraits de sa correspondance

+ J’ai réfléchi sur la proposition que vous m’aviez faite d’étudier le latin. J’ai consulté Dieu sur l’état que je devais embrasser pour aller plus sûrement au ciel. Après bien des prières, j’ai cru que le Seigneur voulait que j’entrasse dans l’état ecclésiastique. En conséquence, j’ai commencé à étudier le latin, bien résolu de l’abandonner si vous n’approuvez pas ma démarche… si le bon Dieu m’appelle à l’état ecclésiastique, je ne puis pas prendre d’autre chemin pour arriver à l’éternité bienheureuse. Je continuerai ce que j’ai commencé jusqu’à ce que j’aie votre réponse….

+ J’ai une grande nouvelle à vous annoncer. Le bon Dieu vient de me favoriser d’une grâce bien précieuse et dont j’étais bien indigne. Quand il daigna me donner la vocation pour l’état ecclésiastique, le principal motif qui me détermina à répondre à sa voix, fut l’espoir de pouvoir prêcher aux infidèles la bonne nouvelle du salut. Depuis je n’avais jamais tout à fait perdu cette perspective et l’idée seule des Missions, de Chine surtout, a toujours fait palpiter mon cœur.

+ Je veux être missionnaire.

 

 

+ Pour moi, me voilà aussi lancé dans une nouvelle carrière. Il y a quelques raisons de croire que c’est celle que le bon Dieu me destinait à parcourir. C’est celle qu’il me montrait de loin en m’appelant à l’état ecclésiastique, c’est celle que je lui deman­dais avec instante dans une neuvaine que je fis à St. François Xavier, il y a près d’une vingtaine d’année…

+ Je crains beaucoup, mon cher Frère [son frère cadet Louis], d’avoir étouffé par mon infidélité á la grâce le germe d’une vocation semblable à la vôtre. Priez Dieu, qu’il me pardonne mes péchés, qu’il me fasse connaître sa volonté et qu’il me donne la force de la suivre.

La pensée d’avoir perdu sa vocation pour la Chine, a causé bien des peines spirituelles á Jean-Gabriel. Il semble le confesser dans une lettre à son ancien directeur de conscience, M. Grappin, alors assistant de la Congrégation, en date du 18 août 1836 (il est déjà missionnaire en Chine).

+ Le souvenir (de la neuvaine à St. François Xavier) est souvent venu depuis exciter mes remords ou ranimer mon espoir, car il me semblait que j’avais été exaucé.

Nous pouvons supposer qu’une période de sécheresse coïncidait avec sa souffrance à cause de sa vocation particulière pour la Chine.

+ …mon esprit s’abrutit de jour en jour; bientôt il sera tout matériel et entièrement nul pour toute fonction intellectuelle. Vous pouvez m’obtenir du moins de l’Esprit qui éclaire tout homme venant en ce monde, les lumières dont j’ai besoin pour bien remplir mes devoirs.

+ Je ne crois pas avoir passé deux jours depuis six mois sans avoir senti ma tête rompue, tous membres brisés et mon sang tout en feu. Rien ne me fatigue, comme le détail de l’administration, rien ne me mine comme la sollicitude.

Jean-Gabriel sait qu’il n’est pas assez prêt ni assez décidé par lui-même pour s’embarquer pour la Chine. Il sait que sa santé n’est guère solide. D’autre part il demande des prières, comme cette fois où devant les reliques du Bx. Clet, il dit à ses séminaristes :

+ Priez donc bien que ma santé se fortifie et que je puisse aller en Chine, afin d’y prêcher Jésus-Christ et de mourir pour Lui.

+ Hélas j’ai déjà plus de trente ans, qui se sont écoulés comme un songe, et je n’ai pas encore appris à vivre! Quand donc aurai-je appris à mourir ?

 

 

Aux vacances qui suivirent la mort de son frère Louis, Jean- Gabriel se rendit auprès de ses parents. Il leur annonça alors que son intention était d’aller en Chine, que Dieu le pressait intérieurement pour cela, et qu’il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour répondre á sa volonté. Dans ces circonstances, Jean-Gabriel est appelé à Paris en août 1832. Dans une lettre á son ancien directeur, M. Grappin, écrite du Honan le 18 août 1836, il dit :

+…c’est celle [la vocation pour la Chine] qui s’est comme d’elle-même ouverte devant moi quand le moment de la Providence a été venu. Il est vrai que soit vous, soit mes autres Directeurs me dissuadiez de mon projet toutes les fois que j’en parlais. Mais la principale raison que vous mettiez en avant était celle du défaut de santé et l’expérience a montré qu’elle avait moins de fondement qu’on ne lui en supposait.

D’après M. Étienne, le combat entre Jean-Gabriel et son directeur dura six mois, à la suite desquels le directeur se sentit tout à coup changé et comme forcé de donner la main à l’exécution du projet. Jean-Gabriel demanda (à genoux) au Supérieur Général la permission de partir en Chine.

Le jugement du médecin était premièrement négatif, mais ayant réfléchi, il crut s’être trompé et donna à Jean-Gabriel la permission de par­tir !

Laissons Jean-Gabriel lui-même raconter son bonheur:

+ Eh bien, mon cher oncle, mes vœux sont aujourd’hui enfin exaucés. Ce fut le jour de la Purification que me fut accordée la mission pour la Chine, ce qui me fait croire que dans cette affaire, je dois beaucoup à la Sainte Vierge. Aidez-moi s’il vous plaît à la remercier et à la prier de remercier Notre-Seigneur pour moi.

Le 21 mars 1835, le Bienheureux partit pour la Chine, le but de son grand désir.

+ Demandez à Dieu ma conversion et ma sanctification, … de me faire accomplir en partie au moins ses desseins sur moi et de m’accorder sa miséricorde pour le reste.

+ Soldat à qui la témérité tient lieu de courage, j’ai senti mon cœur tressaillir à l’approche du combat. Je n’ai jamais été plus content que dans cette circonstance. Je ne sais ce qui m’est réservé dans la carrière qui s’ouvre devant moi : sans doute bien des croix, c’est là le pain quotidien du missionnaire. Et que peut-on souhaiter de mieux, en allant prêcher un Dieu crucifié ? Puisse-t-il me faire goûter les douceurs de son calice d’amertume ! Puisse-t-il me rendre digne de mes devanciers que je vais rejoindre ! Puisse-t-il ne pas permettre qu’aucun de nous dégénère des beaux modèles que notre Congrégation nous présente dans ces pays lointains !

+ Siang-Yang-Fou, j’ai subi quatre interrogatoires, à l’un desquels je fus obligé de rester une demi-journée les genoux sur des chaînes de fer et suspendu à une poutre de bambou… A Ou-Tchang-Fou, j’ai reçu 110 coups de bambou parce que je n’ai pas voulu fouler aux pieds la croix.

+ La Croix est le plus beau des monuments : … Ah qu’elle est belle cette croix plantée au milieu des terres infidèles et souvent arrosée du sang des apôtres de Jésus-Christ.