Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Bienheureuse Maria Gabriella Sagheddu

En cette période de pandémie, la figure de la bienheureuse Maria Gabriella nous offre un chemin d’offrande généreux de soi-même, à la suite du Christ, pour le triomphe de l’Église, qui est le salut des âmes, rassemblées dans l’Unité du Cœur de Dieu.

Maria Sagheddu est née le 17 mars 1914 en Sardaigne. A l’âge de 21 ans, elle entre à la Trappe de Grottaferrata (Rome) – aujourd’hui son siège à Vittorchiano (Viterbe) – et reçoit le nom de sœur Maria Gabriella. Dans un abandon confiant au Seigneur, consciente de sa petitesse, elle n’est préoccupée que de faire la Volonté de Dieu, « sa Gloire ». Son désir de s’offrir totalement la consume.

L’initiative de prière pour l’unité de l’Eglise, portée par l’abbé Couturier, sensibilise le Monastère par son abbesse, Mère Maria Pia. Sœur Maria Gabriella « se sent appelée [par le Seigneur] même quand elle ne veut pas y penser » à faire l’offrande de tout elle-même à cette intention. Remettant à l’obéissance cette attirance pour le sacrifice, elle n’y pensera plus. Cette consécration dans la vérité confirme « dans la simplicité de [mon] son cœur, qu’elle [je t’] offre tout dans la joie ».

Elle puise surtout dans les chapitres 12 à 20 de l’évangile de saint Jean, et particulièrement le chapitre 17, sa prière et sa méditation. La « grande prière filiale de Jésus » façonne son âme, sa vie, de l’unité même de Jésus avec son Père.

Alors qu’elle jouit d’une parfaite santé, la tuberculose se déclare peu après son fiat à l’« appel de l’unité ». Silencieusement  comprenant « que travailler à la gloire de Dieu et être victime (…) consiste à sacrifier son propre moi », sur le chemin de la croix, elle doit subitement quitter son cher monastère pour l’hôpital et ne peut rien dire d’autre que « Mon Dieu, ta Gloire ». Elle y restera plusieurs mois pour revenir enfin à la Trappe. Offerte, sa respiration altérée se mue continuellement en celle mutuelle du Père et du Fils dans le Souffle qu’est l’Esprit : unité parfaite. Le 23 avril 1939, dimanche du Bon Pasteur rassemblant les âmes en un seul troupeau, elle s’en va aux noces éternelles.

« Que tous soient un » Jn 17. Pour réaffirmer cette nécessité, j’ai voulu proposer aux fidèles de l’Eglise catholique un modèle qui me paraît exemplaire, celui d’une sœur trappistine, Maria Gabriella de l’Unité, que j’ai proclamée bienheureuse le 25 janvier 1983 (saint Jean Paul II).

Elle est inscrite au martyrologe à la date du 23 avril

RECONNAISSANCE POUR LA MISÉRICORDE DE DIEU

+ Rendons grâce au Seigneur pour tout car c’est à Lui que nous devons tout : c’est ainsi que nous nous rendrons dignes de recevoir de Lui des grâces plus grandes encore.

+ Le Seigneur se montre toujours plus miséricordieux à mon égard, bien que je sois incapable de correspondre à tant de bonté (…). Je dois rendre grâce et être pleine de reconnaissance …

+ Mon cœur déborde de reconnaissance, mais les paroles sont trop pauvres pour exprimer ce que je ressens au fond de l’âme.

+ Si le Seigneur nous offre quelque chose à souffrir par amour pour lui, nous devons en être bien contents et l’accepter avec reconnaissance.

+ Quand je pense à la tendresse et à la délicatesse que le Seigneur manifeste chaque jour à mon égard de tant de façons, mon cœur s’attendrit et une grande joie m’envahit.

Mon Dieu, je dis alors, si vous me traitez avec une aussi grande délicatesse sur cette terre misérable, qu’est-ce que cela sera lorsque j’arriverai là-haut au Paradis pour jouir de votre présence ?

 

L’OFFRANDE DANS LA SIMPLICITÉ ET L’HUMILITÉ

Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, je t’offre tout dans la joie. Tu as daigné m’appeler à Toi et je viens avec élan à tes pieds. Au jour de ta fête royale, tu veux faire de cette misérable créature une reine. Je te rends grâces avec toute la ferveur de mon âme et prononçant mes saints vœux, je m’abandonne entièrement à Toi.

Concède-moi, Jésus, d’être toujours fidèle à mes promesses et de ne reprendre jamais ce que je te donne en ce jour. Viens et règne dans mon âme comme Roi d’amour. (…)

Ô Jésus, je m’offre avec Toi en union à ton sacrifice, et bien que je sois indigne et peu de choses, j’espère que le Divin Père posera son regard plein de complaisance sur ma petite offrande, car je suis unie à Toi et du reste, j’ai donné tout ce qui était en mon pouvoir.

Ô Jésus, consume-moi comme une petite hostie d’Amour pour ta gloire et le salut des âmes.

Père éternel, montrez qu’en ce jour votre Fils va aux noces : établissez son règne dans tous les cœurs, afin que tous l’aiment et le servent conformément à votre divine volonté.

Accordez-moi ce qu’il me faut pour être une véritable épouse de Jésus. Amen

(Solennité du Christ Roi, 31.10.1937 – prière écrite pour sa profession)

 

L’ACCOMPLISSEMENT DE LA VOLONTÉ DE DIEU ET LE RENONCEMENT À SOI

+ La volonté de Dieu, quoi que ce soit, c’est ma joie, mon bonheur et ma paix

+ Que soit faite toujours et en tout sa divine volonté. Jamais par le passé je n’ai eu à me repentir de vivre dans l’abandon ; j’ai donc ainsi la ferme assurance qu’il en sera de même pour l’avenir. Je suis sûre que Jésus fera au mieux pour sa plus grande gloire et pour ma sanctification.

+ Priez pour moi afin que je glorifie toujours le Seigneur dans l’accomplissement de sa divine volonté, quelle que soit la forme qu’elle prenne.

+ Je fais tous les efforts qui sont en mon pouvoir et ensuite, si le Seigneur veut me laisser dans l’humiliation, que sa volonté soit faire. Je n’ai pas d’autre désir que celui de me sanctifier dans l’amour, dans l’observance de mes devoirs et dans l’abandon parfait à la volonté de Dieu. Lui m’a conduite jusque là me soutiendra à l’avenir.

+ Priez pour moi, car j’en ai tellement besoin. Parfois je me demande si le Seigneur ne m’a pas abandonnée ; d’autres fois, je pense qu’Il éprouve ceux qu’il aime ; d’autres fois encore, il me semble impossible que Dieu puisse être glorifié par cette vie…, mais je finis toujours par m’abandonner à la volonté divine.

+ La plaie (morale) s’est rouverte et saigne à nouveau comme au début : elle a fait un sillon profond dans mon cœur, mais patience ! Le Seigneur avait encore cette épreuve à ajouter aux autres qui suivront, car je suis sûre qu’elle ne restera pas seule. S’Il le veut, après le premier moment de douleur, tout se remettra en place comme avant, et sa volonté s’accomplira.

+ Il n’y a rien qui me soulage, excepté la pensée de faire la volonté de Dieu et d’obéir aux supérieurs.

 

LA PAIX ET LA JOIE : FRUITS DE SON ABANDON

+ Je suis heureuse et mon bonheur est vraiment grand. Quelle joie de pouvoir souffrir quelque chose par amour de Jésus et pour les âmes. J’ai fait un grand acte d’abandon entre les mains du Seigneur et je me suis retrouvée avec le cœur et l’âme immergés dans une paix profonde, une grande joie. Quand je pense à ce jour bienheureux où les liens misérables de ce corps se dénoueront et où je pourrai aller là-haut embrasser l’Époux céleste, alors ma joie et mon bonheur s’en vont bien au-delà de la terre.

+ Je suis toujours contente et, même si parfois je souffre, cela ne m’empêche pas d’être dans la joie du Seigneur.

+ Parfois, quand je pense à mon monastère, surtout pendant la nuit, les larmes se mettent à couler et je ne peux rien dire d’autre que ces paroles : « Mon Dieu, ta Gloire ! ». Et ainsi, je retrouve la paix.

+ Le monde ne peut pas procurer de telles joies et c’est pourquoi il ne peut les comprendre non plus. Seul Jésus peut faire ressentir dans l’âme ces joies intimes qui font oublier les peines de cet exil de la terre et qui allument toujours plus dans l’âme le désir du Paradis. Cela ne peut pas s’expliquer par des mots ; seul celui qui l’éprouve sait de quoi il s’agit.

+ Tout semble plus facile quand on est en paix ; mais quand le Seigneur nous éprouve, nous nous rendons compte de notre faiblesse. Je me suis offerte entièrement à Jésus et je ne reprends pas ma parole. Je suis faible, c’est vrai, mais le Seigneur qui connaît ma fragilité et la cause de ma douleur me pardonnera ; de cela, j’en suis convaincue.

 

 « JE CONFIE À SA MISÉRICORDE MA FRAGILITÉ »

+ Depuis longtemps je suis persuadée de n’être qu’une pygmée dans la vie spirituelle, car je me laisse aller à tout vent qui souffle. Mon âme est ici comme perdue, car elle n’a pas sa Maman [son Abbesse] ni une personne amie à qui demander conseil, quand elle en ressent le besoin. J’ai l’impression que le Seigneur ne veut pas que j’aie de consolations humaines.

Quand on me laisse tranquille, je me résigne en pensant au Seigneur, à sa volonté, m’efforçant de vaincre les tentations contraires. Mais si quelqu’un, croyant me faire du bien, s’approche de moi pour me dire quelque parole de soulagement ou de réconfort, mon cœur se serre et mes yeux s’embuent de larmes. J’en éprouve de la honte à le dire, mais comment le cacher ? Je voudrais être forte, forte comme de l’acier, et au contraire je me sens faible comme un brin de paille. C’est aussi une épreuve du Seigneur que ces pensées, que je voudrais éloigner, mes reviennent sans cesse avec insistance.

(…)

Le Seigneur m’aidera car il n’abandonne jamais ceux qui mettent toute leur confiance en Lui ; mais j’attends aussi le secours de vos prières.

+ Je sais que la nature veut se soulager et que l’on éprouve le besoin de pleurer ; mais passé ce premier moment, on se jette entièrement dans le Cœur de Jésus, qui consume tout comme une fournaise ardente.

+ Sans combat il n’y a pas de victoire et ainsi donc sans souffrance, nous ne pouvons espérer de couronne. Jésus m’a choisie comme privilégiée de son Amour en me donnant la souffrance, afin de me rendre plus semblable à Lui : j’en suis bien contente et je l’en remercie. Je me rends comptes que je n’arriverai jamais à comprendre assez l’amour que Jésus me porte en m’offrant cette croix. C’est vrai que la maladie est un peu humiliante pour la nature, qui parfois a des moments de lutte, mais l’amour et la grâce sont vite vainqueurs et les humiliations de la nature deviennent les plus chères délices de l’âme.

+ Je vous assure que mon sacrifice est absolument total car, du matin jusqu’au soir, je ne fais que renoncer à tout et en tout à ma volonté, à mes aspirations propres, à mes désirs et à tout ce qu’il y a en moi de saint et de défectueux.

+ Je ne demande pas au Seigneur de me libérer des souffrances, mais de me donner la force de souffrir pour son amour tout ce qui lui plaira de m’envoyer.

 

PRIÈRE

+ De mon côté, je ne manque pas d’offrir pour vous au Seigneur mes prières, quoique pauvres. Je vous prie d’accepter ce petit bouquet spirituel que j’offre à vos intentions comme un cadeau de nouvel an : communions 10 – communions spirituelles 20 – Messes 20 – Sacrifices 20 – Chapelets.

+ Priez vous aussi, car la prière désarme le bras de Dieu et émeut son divin Cœur. Si la prière ne suffit pas, je voudrais aussi que le Seigneur me fasse souffrir afin d’obtenir cette grâce [conversion de son frère Salvatore].

+ Même si au moment de la prière il semble que le Seigneur fasse le sourd, un jour viendra certainement où elle portera son fruit. Certaines fois, il nous semble que le Seigneur nous abandonne et nous oublie ; et au contraire, ce n’est pas autre chose que la preuve de son immense amour pour voir si nous restons fidèles afin de nous récompenser plus largement ensuite.

+ J’attends de sentir le parfum de vos prières pour les offrir à mon Époux pendant que je prierai pour vous.

+ Je te prie de recommander tout spécialement de faire beaucoup prier les petits pour moi, parce que Jésus aime beaucoup les enfants et Il les écoute. Qu’ils prient afin que le Seigneur fasse de moi une sainte et me maintienne toujours à la hauteur de l’appel reçu.

Priez sans cesse, car Jésus n’abandonne jamais celui qui se tourne vers Lui.

+ Il faut que nous nous mettions sérieusement à prier pour nos hommes et Jésus, qui peut faire aussi des miracles, ne manquera pas de nous accorder les grâces désirées. J’ai commencé à ces intentions les quinze samedis à Notre Dame et quand ils seront terminés j’en recommencerai d’autres, jusqu’à ce que nous obtenions cette grâce.

L’AIMER ENCORE DAVANTAGE

+ Mon unique désir est d’aimer toujours plus mon Dieu et mon Époux, de me rendre toujours plus digne de Lui et de devenir sainte.

+ Mon seul regret est de ne pas savoir aimer le Seigneur comme je le désire et comme je le devrais. Je sens que je suis très faible et sans élan, et pourtant le Seigneur non seulement me supporte, mais encore il me comble de bienfaits.

+ Je sens que j’aime mon Époux de tout mon cœur, mais je voudrais l’aimer encore plus. Je voudrais l’aimer pour ceux qui ne l’aiment pas, pour ceux qui le méprisent, pour ceux qui l’offensent : bref, mon désir n’est que d’aimer. Les gens du monde disent que nous sommes égoïstes pour nous enfermer dans un couvent et penser seulement à nous. C’est un mensonge. Nous vivons une vie de perpétuel sacrifice jusqu’à nous immoler pour le salut des âmes. (…)

Il n’y a pas de bonheur plus grand que de pouvoir souffrir quelque chose pour l’amour de Jésus et pour le salut des âmes.

Je vous invite aujourd’hui à prendre ensemble avec moi la ferme résolution

de vouloir ressusciter avec Jésus,

c’est-à-dire ressusciter de notre torpeur à une vie nouvelle plus sainte selon la volonté de Dieu. (…)

Confions nous à Jésus afin qu’il nous aide en cette difficile entreprise de notre sanctification et c’est sûr qu’Il ne nous refusera pas son secours.

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Ressuscitez avec Jésus à une vie nouvelle

et élancez-vous avec Lui avec plus de force sur les chemins de l’amour et de l’abandon…

+

Je vous souhaite une bonne et sainte fête de Pâques !

Toutes les citations sont extraites de ses lettres