Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Bienheureux pape Jean Paul 1er

 

 

 

Albino LUCIANI est né le 17 octobre 1912 à Canale d’Agordo dans la vallée de Belluno, en Italie du Nord. Sa famille est très modeste et pauvre si bien que son père, Giovanni, a dû émigrer quelques temps en Suisse comme travailleur saisonnier pour revenir ensuite comme artisan du verre à Murano. Sa mère, fervente catholique, loue ses services à la plonge d’un asile à Venise. Quatre enfants formeront ce foyer : Albino, Federico (mort à un an), Edoardo et Antonietta. Avec l’accord de son père – pourtant anticlérical – et soutenu par sa mère, Albino entre au petit séminaire en vue du sacerdoce. Il achèvera ses études à la Grégorienne de Rome comme Docteur en théologie avec sa brillante thèse sur Rosmini. Le 7 juillet 1935, il est ordonné prêtre en l’église Saint Pierre de Belluno et devient vicaire en sa ville natale. En 1937, il est nommé vice-directeur du séminaire de Belluno dont il avait déjà la chaire de théologie dogmatique. Le 27 décembre 1958, il est consacré, par Jean XXIII, évêque pour le diocèse de Vittorio Veneto. Mgr Luciani participe à toutes les sessions du Concile Vatican II et ses notes écrites le font remarquer. Le 15 décembre 1969, il est appelé par Paul VI à devenir le patriarche de Venise et il y accueille le Souverain Pontife en septembre 1972. Et le 5 mars 1973, il est créé cardinal par Paul VI. Différentes fonctions lui sont confiées. « Son action pastorale a toujours été caractérisée par un équilibre, né de sérénité et de clarté intérieures ».

Le 6 août 1978, le pape Paul VI rend son âme à Dieu et le 26 août, le conclave élit Mgr Luciani comme 263ème successeur de Pierre. Il prend le nom de Jean Paul 1er. D’emblée sa simplicité qui conquière le nomme « le pape du sourire ». Le 3 septembre suivant, il célèbre la Messe d’intronisation de son pontificat. Fervent défenseur de l’intégrité de l’Évangile, notamment sur le plan doctrinal, son lien d’une dévotion profonde à Notre Dame laisse transparaître son humilité surtout face à cette « grande tempête qui est sur [moi] lui ». Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1978, un infarctus le foudroie, soit 33 jours après son élection.

Le pape François le béatifie le 4 septembre 2022.

+ pour l’église du christ

Hier matin je me suis rendu à la Sixtine pour voter tranquillement. Jamais je n’aurai soupçonné ce qui allait arriver. A peine le danger s’est-il annoncé pour moi, que les deux collègues, mes voisins, m’ont murmuré des paroles de réconfort. L’un d’eux m’a dit : « Courage ! Si le Seigneur charge d’un poids, il donne aussi l’aide pour le porter ». L’autre a poursuivi : « N’ayez pas peur, dans le monde entier il y a tant de personnes qui prient pour le nouveau Pape ». Le moment venu, j’ai accepté. Ensuite il s’est agi de choisir un nom. Car on demande même le nom qu’on veut prendre ! Moi, j’y avais si peu pensé ! J’ai fait le raisonnement suivant : Le Pape Jean m’a consacré de ses mains, ici dans la Basilique de Saint-Pierre, puis, bien qu’indignement, je lui ai succédé à Venise, sur le siège de Saint Marc, en cette Venise qui est encore toute remplie de lui. Tous se le rappellent : les gondoliers, les sœurs, tous. Ensuite, non seulement le pape Paul m’a nommé Cardinal, mais quelques mois auparavant, sur la passerelle de la place St-Marc, il m’a fait devenir tout rouge devant vingt mille personnes, car il a pris son étole et l’a déposée sur mes épaules, jamais je ne suis devenu aussi rouge ! D’autre part, en quinze ans de pontificat, ce Pape a montré non seulement à moi, mais au monde entier, comment on aime, comment on sert, comment on travaille et on souffre pour l’Église du Christ. Pour cela j’ai dit: « Je m’appellerai Jean Paul ». Je n’ai ni la « sagesse du cœur » du pape Jean, ni la préparation et la culture du pape Paul. Cependant je suis à leur place, je dois tacher de servir l’Église. J’espère que vous m’aiderez par vos prières.

Angelus du 27 août 1978

+ Mater Ecclesiae

La Très Sainte Vierge Marie, Reine des Apôtres, sera l’étoile resplendissante de Notre pontificat. Que saint Pierre, Ecclesiae firmamentum (cf. saint Ambroise), Nous soutienne par son intercession et par son exemple de foi invincible et de générosité humaine. Que saint Paul nous guide dans l’élan apostolique, élargi à tous les peuples de la terre ; que nos saints Patrons Nous assistent.

Premier message Urbi et Orbi, 27 août 1978.

Entouré de votre affection et soutenu par votre prière, Nous commençons notre service apostolique en invoquant comme l’étoile brillante qui éclairera notre chemin, la Mère de Dieu, Marie, « Salus Populi Romani » et « Mater Ecclesiae« , que la liturgie vénère particulièrement en ce mois de septembre. Que la Vierge, qui a guidé avec une délicate tendresse notre vie d’enfant, de séminariste, de prêtre et d’évêque, continue à éclairer et à diriger nos pas afin que, devenu la voix de Pierre, Nous proclamions avec une joyeuse fermeté, les yeux et l’esprit fixés sur son Fils Jésus, notre profession de foi : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16).

Homélie messe pour le début de son ministère pétrinien, 3 septembre 1978

 

 

+ humble et dernier Serviteur des serviteurs de Dieu

(Jean Paul 1er choisira de s’exprimer ensuite désormais à la première personne, abandonnant le Nous)

Notre âme est encore accablée à la pensée du terrible ministère pour lequel nous avons été choisi : comme Pierre, il Nous semble d’avoir posé le pied sur l’eau périlleuse, et, secouée par un vent impétueux. Nous avons crié avec lui vers le Seigneur: Seigneur, sauve-moi (Mt 14, 30). Mais Nous avons également senti que s’adressait à Nous la voix du Christ, encourageante et aimablement exhortatrice : Homme, de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? (Mt 14, 31). Si les forces humaines, à elles seules, ne sont pas adéquates à supporter un tel fardeau, l’aide de Dieu tout-puissant, qui guide son Église à travers les siècles au sein de tant de contradictions et de difficultés, ne Nous manquera certes pas moins, à Nous humble et dernier Serviteur des serviteurs de Dieu. Gardant Notre Main dans celle du Christ, Nous appuyant sur Lui, Nous avons, Nous aussi, accédé au timon de ce navire, qu’est l’Église. Elle est stable et sûre, même au milieu des tempêtes, parce que la présence réconfortante et dominatrice du Fils de Dieu l’accompagne. Selon la parole de saint Augustin, qui reprend une image chère à l’ancienne patristique, la barque de l’Église ne doit pas craindre, parce qu’elle est guidée par le Christ et par son Vicaire : « parce que même si la barque est secouée elle reste cependant une barque. Elle seule porte les disciples et reçoit le Christ. Elle est mise — péril dans la mer, mais sans elle tous périssent immédiatement » (Sermon 75, 3; PL 38, 475). En Elle seule se trouve le salut : « sine illa peritur » !

C’est dans cette foi que Nous poursuivrons la route. L’aide de Dieu ne nous fera pas défaut, selon la promesse indéfectible : Et moi je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).

Premier message Urbi et Orbi, 27 août 1978.

+ L’Eglise

 Nous Nous préparons à cette terrible tâche avec la conscience que l’Église catholique est irremplaçable, cette Église dont l’immense force spirituelle est une garantie de paix et d’ordre, et comme telle, elle est présente dans le monde, comme telle, elle est reconnue dans le monde. L’écho que sa vie suscite chaque jour est le témoignage que, malgré tout, elle est vivante dans le cœur des hommes, également de ceux qui ne partagent pas sa vérité et n’acceptent pas son message.

(…)

Nous invitons avant tout les fils de l’Église à prendre de plus en plus conscience de leur responsabilité : Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde (Mt 5,13 s.). Surmontant les tensions internes, qui ont pu surgir ça et là, triomphant des tentations qui poussent à se conformer aux goûts et aux usages du monde, tout comme aux chatoiements des applaudissements faciles, unis par l’unique lien de la charité qui doit animer la vie intime de l’Église ainsi que les formes extérieures de sa discipline, les fidèles doivent être prêts à rendre témoignage de leur propre foi face au monde : toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous(1 Pierre 3,15).

(…)

L’Église, pleine d’admiration et tendrement penchée sur les conquêtes humaines, veut d’ailleurs sauvegarder le monde assoiffé de vie et d’amour, des dangers qui le menacent ; l’Évangile appelle tous ses fils à mettre leurs propres forces, et leur vie elle-même, au service des frères, au nom de la charité du Christ : Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15,13). En ce moment solennel, Nous voulons consacrer tout ce que Nous sommes et tout ce dont Nous sommes capables à cet objectif suprême, jusqu’au dernier soupir, conscients de la tâche que le Christ nous a souvent confiée : Confirme tes frères(Lc 22,32).

Premier message radio Urbi et Orbi, 27 août 1978.

+ Animée par la foi, nourrie par la parole de Dieu et soutenue par l’aliment céleste de l’Eucharistie

Notre programme sera donc de continuer celui de Paul VI, dans le sillage déjà tracé avec un tel consentement par le grand cœur de Jean XXIII :

— Nous voulons donc poursuivre en continuant l’héritage du Concile Vatican II, dont les normes pleines de sagesse doivent encore être conduites à pleine application, veillant à ce qu’une impulsion, peut-être généreuse mais imprévoyante, n’en déforme les contenus et les significations, et d’autre part que des forces freinantes et timides n’en ralentissent pas le magnifique élan de renouveau et de vie ;

— Nous voulons conserver intacte la grande discipline de l’Église, dans la vie des prêtres et des fidèles, telle que l’a assurée la richesse éprouvée de son histoire, au cours des siècles, par des exemples de sainteté et d’héroïsme, tant dans l’exercice des vertus évangéliques, que dans le service des pauvres, des humbles, des « sans défense » ;

(…)

— Nous voulons rappeler à l’Église entière que son premier devoir reste celui de l’évangélisation, dont les lignes maîtresses ont déjà été résumées par Notre Prédécesseur Paul VI dans un mémorable document, animée par la foi, nourrie par la parole de Dieu et soutenue par l’aliment céleste de l’Eucharistie ; l’évangélisation doit examiner chaque voie, rechercher chaque moyen, à temps et à contre-temps (2 Tim 4, 2), pour semer le Verbe, pour proclamer le message, pour annoncer le salut, qui suscite dans les âmes l’inquiétude de la recherche du vrai et l’y assiste grâce à l’aide d’en-haut. Si tous les fils de l’Église deviennent capables d’être d’infatigables missionnaires de l’Évangile, un nouvel épanouissement de sainteté et de renouveau surgira dans le monde, assoiffé d’amour et de vérité ;

— Nous voulons continuer l’effort œcuménique, que nous considérons être l’extrême recommandation de nos Prédécesseurs immédiats, veillant avec une foi inchangée, avec une espérance invincible et avec un amour indéfectible à la réalisation du grand commandement du Christ: Que tous soient un (Jn 17, 21), dans lequel vibre l’anxiété de son cœur à la veille de son immolation au Calvaire.

(…)

— Nous voulons enfin favoriser toutes les initiatives louables et bonnes qui puissent garantir et consolider la paix dans ce monde troublé : invitant à la collaboration tous ceux qui sont bons, justes, honnêtes, au cœur droit, pour endiguer, à l’intérieur des nations ta violence aveugle qui ne fait que détruire et sème ruines et deuils, et, au sein de la vie internationale, afin de porter les hommes à la compréhension mutuelle, à l’union des efforts pour favoriser le progrès social, pour combattre la faim au corps et l’ignorance de l’esprit, pour promouvoir le développement des peuples moins favorisés quant aux biens économiques mais riches d’énergies et de volonté.

Premier message radio Urbi et Orbi, 27 août 1978.

+ Si je ne vous aimais pas …

A Rome, je me mettrai à l’école de Saint Grégoire le Grand qui a écrit « que le pasteur entoure chacun de ses sujets de sa compassion ; qu’oubliant son grade il se considère comme l’égal de ses bons sujets, mais qu’il ne craigne pas d’exercer contre les mauvais les droits de son autorité. Rappelle-toi : alors que tous les sujets portent aux nues ce qu’il a fait de bon, personne n’ose blâmer ce qu’il a fait de mal ; quand il réprime les vices, qu’il ne cesse de se reconnaître avec humilité pareil aux frères qu’il a corrompus ; et qu’il se sente d’autant plus débiteur devant Dieu que ses actions restent plus impunies devant les hommes ». (…) Qu’il me soit permis d’ajouter encore quelque chose : c’est la loi de Dieu que nul ne peut faire du bien à autrui sans que d’abord on l’aime. C’est pourquoi, devenant Patriarche à Venise, saint Pie X s’était exclamé à St-Marc : « Qu’en serait-il de moi, Vénitiens, si je ne vous aimais pas ? » Aux Romains, je dirai quelque chose de semblable ; je puis vous assurer que je vous aime, que je désire seulement entrer à votre service et mettre à votre disposition, toutes mes pauvres forces, le peu que j’ai et le peu que je suis.

Prise de possession de la cathedra romana, 23 septembre 1978.

+ un sourire joyeux

Au cours des siècles ont émergé parfois des affirmations et des tendances de chrétiens trop pessimistes en ce qui concerne l’homme. Mais de telles affirmations ont été désapprouvées par l’Église et oubliées grâce à une phalange de saints heureux et actifs, à l’humanisme chrétien, aux maîtres-ascètes que sainte Beuve appelle « les doux » et une théologie compréhensive. Saint Thomas d’Aquin, par exemple, place parmi les vertus la jucunditas ou la capacité de convertir en un sourire joyeux — en mesure et de manière convenable — les choses entendues et vues (cf. 2. 2ae, q. 168, a. 2). (…) En déclarant « vertu » plaisanter et faire sourire, saint Thomas se trouvait d’accord avec la « joyeuse nouvelle » prêchée par le Christ, avec l‘hilaritas recommandée par saint Augustin. Il triomphait du pessimisme, revêtait de joie la vie chrétienne, nous invitait à prendre du courage également avec les joies saines et pures que nous rencontrons sur notre route.

Audience générale du 20 septembre 1978

+ Ô Seigneur…

« Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, par-dessus toute chose. Vous, Bien infini, notre bonheur éternel et, par amour pour Vous, j’aime mon prochain comme moi-même et je pardonne les offenses reçues. Ô Seigneur, que je vous aime toujours plus ! ».

C’est une prière très connue, entrelacée de phrases bibliques. C’est ma maman qui me l’a apprise. Encore maintenant, je la récite plusieurs fois par jour (…)

Audience du 27 septembre 1978

Chacun de nous et toute l’Église pourraient réciter la prière que j’ai l’habitude de réciter : « Seigneur, prends-moi comme je suis, avec mes défauts, avec mes manquements, mais fais-moi devenir comme tu désires que je sois ».

Audience générale du 13 septembre 1978

« L’humilité peut être considérée comme son testament spirituel ».

« C’est justement grâce à cette vertu que 33 jours suffiront pour que

le pape Luciani entre dans le cœur des gens ». (…)

« Avec une mémoire exceptionnelle et une vaste culture,

sa simplicité, véhiculait un enseignement solide et riche.

Benoît XVI