Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Saint Aelred de Rielvaulx

Saint Aelred de Rievaulx (1110-1166), nait à Hexham, frontière de l’Angleterre et de l’Écosse. Une grande partie de sa jeunesse se passe à la cour du roi David 1er d’Écosse. Aelred étudie alors Cicéron et vit dans l’amitié de ceux qui l’entourent. Durant cette période, on assiste à un « printemps religieux » consécutif notamment à la réforme grégorienne. Le roi écossais veut faire de ce jeune homme très apprécié, un évêque. Mais à 24 ans, il choisit la vie monastique à l’abbaye cistercienne de Rievaulx – fille de l’abbaye de Clairvaux – près de York. Il y exerce la charge de maître des novices avec une extraordinaire tendresse et patience. Il devient le troisième abbé de Rievaulx en 1147. Les nombreux écrits – poétiques et religieux – qu’il laisse, font de ce moine cistercien, l’un des plus influents du Moyen Âge. On nommera juste ici : Le miroir de la charité, La Vie de recluse et L’amitié spirituelle.

Il est appelé « le saint Bernard anglais ».

Saint Aelred est fêté dans l’Église catholique et l’Église anglicane, le 12 janvier.

Mystique incontesté, saint Aelred est considéré comme le maître, voire le docteur de l’amitié spirituelle. C’est à ce traité éminemment actuel que nous nous arrêtons.

L’amitié.

+ L’amitié est cette vertu qui unit les âmes par un tel lien de dilection et de tendresse qu’à plusieurs elles ne font plus qu’un. Voilà pourquoi même les philosophes de ce monde n’ont pas rangé l’amitié parmi les choses aléatoires et périssables mais parmi les vertus éternelles.

+ La base de l’amitié, c’est l’amour, non pas n’importe lequel, mais un amour procédant tout à la fois de la raison et du sentiment d’attirance, qui soit donc chaste puisqu’il procède de la raison, et plein de charme puisqu’il procède d’un sentiment d’attirance.

+ L’amitié tient lieu de gloire pour les riches, de patrie pour les exilés, de trésor pour les pauvres, de remède pour les malades, de vie pour les morts, de surplus pour les bien portants, de force pour les faibles, de récompense pour ceux qui sont inébranlables.

+ L’amitié peut être dite charnelle, mondaine ou spirituelle. L’amitié charnelle se fonde sur un accord dans le vice, l’amitié mondaine s’allume avec un espoir de profit, l’amitié spirituelle se cimente par la similitude de vie, de mœurs et de goûts entre gens de bien.

L’amitié véritable

+ L’amitié spirituelle, que nous appelons amitié véritable : la prudence l’oriente, la justice la régit, la force la garde, la tempérance la modère.

+ Que peut-on dire de plus sublime, de plus vrai, de plus utile sur l’amitié que ceci : elle doit prendre naissance dans le Christ, se développer conformément au Christ et trouver son achèvement dans le Christ.

+ L’amitié donne plus d’éclat aux événements favorables ; elle allège l’adversité parce qu’elle la partage et qu’elle y fait prendre part. Un ami est bien le meilleur baume de vie (Si 6,16).

L’ami

+ Il me semble qu’ami vient d’amour et amitié d’ami. Or l’amour est un élan de l’âme raisonnable par lequel elle recherche ardemment et convoite une chose pour en jouir, par lequel aussi elle en jouit en la savourant à l’intérieur d’elle-même, par lequel elle l’étreint et la garde une fois qu’elle l’a acquise.

+ Un ami, c’est comme un gardien de l’amour ou, selon d’autres avis, un gardien de l’âme elle-même ; car mon ami doit être le gardien de notre amour mutuel ou plus exactement le gardien de mon âme elle-même, de sorte qu’il en préserve tous les secrets par son silence à toute épreuve, qu’il soigne le mieux possible et supporte ce qu’il verra en elle de défectueux, qu’il se réjouisse avec son ami qui est dans la joie, qu’il s’attriste avec lui quand il est dans la peine et qu’il considère comme sien tout ce qui concerne son ami.

+ Un ami, dit le sage, est un baume de vie (Si 6,16). Comme c’est bien dit ! Car il n’y a pas de remède plus énergique, plus efficace, plus excellent pour toutes nos blessures présentes que d’avoir quelqu’un qui vient compatir à toutes nos difficultés et se réjouit avec nous de nos réussites.

+ Si on en arrive à léser celui qu’on a un jour pris en amitié, c’est que l’on a jamais été son ami ; par ailleurs si, ayant été lésé, on cesse de chérir celui qu’on a un jour aimé, c’est que l’on n’a pas goûté les charmes de la véritable amitié. L’ami aime en tout temps (Prov. 17,17).

+ Même s’il est blâmé, lésé, livré aux flammes, cloué à la croix, l’ami aime en tout temps.

+ C’est bien à tord qu’ils revendiquent le mot splendide d’amitié ceux qui sont de connivence avec le vice. Car celui qui n’aime pas n’est pas ami.

Amitié et charité

+ La loi de la charité nous oblige à recevoir au sein de notre dilection non seulement nos amis mais aussi nos ennemis. Par contre, nous n’appelons amis que ceux à qui nous ne craignons pas de confier notre cœur et ce qui s’y trouve, et qui, à leur tour, sont liés envers nous par la même clause de fidélité et la même assurance.

+ Je n’hésite pas à appliquer à l’amitié ce qui est dit ensuite à propos de la charité : Qui demeure dans l’amitié, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui (cf. Ière Lettre de saint Jean 4,16).

+ L’amitié ne subsiste pas sans charité. Puis donc que l’amitié a pour elle la vigueur de l’éternité, la splendeur de la vérité et la douceur de la charité, va-t-on refuser le nom de sagesse à cette trilogie ?

+ Dans l’amitié, rien n’est déshonnête, rien n’est feint, rien n’est simulé ; tout y est saint, délibéré, vrai ; cela c’est aussi le propre de la charité. Mais l’amitié brille davantage grâce à un privilège spécial : ceux qui sont unis par le lien de l’amitié ressentent toutes choses avec joie, avec sécurité, avec douceur, avec beaucoup de charme.

+ L’amitié est un échelon proche de la perfection qui consiste à aimer et connaître Dieu. Dès lors qu’un être humain est l’ami de l’autre, il devient l’ami de Dieu selon ce que le Seigneur dit dans l’Évangile : Je ne vous appellerai plus mes serviteurs mais mes amis (Jn 15,15).

L’amitié, restreinte ici-bas à quelques personnes,

passera en tous,

et de tous passera en Dieu,

et en Dieu sera tout en tous (cf. I Cor. 15,28)