Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Sainte Gertrude d’Helfta

Sainte Gertrude naît en 1256. À 5 ans elle est placée au monastère d’Helfta (de coutumes cisterciennes), sous l’abbatiat de Gertrude de Hackeborn. Elle y passera sa vie, jusqu’à sa mort, peu après 1301. Souvent malade, Gertrude ne remplit aucune fonction importante dans la communauté. Le seul évènement notable de sa vie : la ‘conversion’ du 27 janvier 1281, suite à une première vision du Christ adolescent, qui la fait entrer dans une intimité beaucoup plus profonde avec le Seigneur. C’est le début des révélations et des grâces mystiques les plus hautes ; et de la rédaction de ses œuvres, commencée le 25 mars 1289 sur ordre du Seigneur, qui lui donna pour mission de révéler au monde la surabondance de son amour. Elle eut, à un rare degré, l’intelligence des voies de Dieu ; aussi fut-elle consultée souvent par ses sœurs ou des personnes du dehors. Elle-même n’était pas sans défauts : en plusieurs circonstances elle se montra susceptible et impatiente ; le Seigneur le permettait, disent ses hagiographes, « pour la maintenir dans l’humilité ».

Elle avait une connaissance peu commune de l’Écriture et de toutes les sciences qui ont la religion pour objet ; mais la prière et la contemplation furent toujours son principal exercice, et elle y consacrait la plus grande partie de son temps. Elle aimait particulièrement à méditer sur la Passion et sur l’Eucharistie, et elle ne pouvait alors retenir les larmes qui, malgré elle, coulaient de ses yeux en abondance

Elle fut l’objet d’un grand nombre de grâces extraordinaires : Jésus-Christ grava Ses plaies dans le cœur de Sa sainte épouse, lui mit des anneaux au doigt, Se présenta devant elle en compagnie de Sa Mère et agit en elle comme s’Il avait changé de cœur avec elle. Toutes ces grâces étonnantes ne firent que développer son amour de la souffrance. Il lui était impossible de vivre sans ressentir quelque douleur ; le temps qu’elle passait sans souffrir lui paraissait perdu. Le zèle pour le salut des âmes était ardeur au cœur de Gertrude. Pensant aux âmes des pécheurs, elle répandait pour elles des torrents de larmes au pied de la Croix et devant le Saint-Sacrement.

Le 17 novembre, le jour de sa mort étant venu, elle vit la Très Sainte Vierge descendre du Ciel pour l’assister; une de ses sœurs aperçut son âme allant droit au Cœur de Jésus, qui S’ouvrit pour la recevoir.

Dans sa dévotion à l’humanité sainte, le Cœur de Jésus est au premier plan. On a appelé Gertrude la « théologienne du Sacré-Cœur ».

Sa fête liturgique est fixée au 16 novembre.

 

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On lit dans « Le Héraut de l’Amour divin ».

La grâce de sa conversion

Chaque fois que je me nourrissais de l’aliment vivifiant de votre corps et de votre sang, je jouissais de votre présence visible, mais d’une manière un peu incertaine, comme on découvre les objets à la première lueur du jour. Par cette douce condescendance, vous engagiez mon âme à faire effort pour s’unir plus familièrement à vous, pour vous contempler d’un œil plus clair et pour jouir de vous en toute liberté.

Je travaillai à obtenir ces faveurs en la fête de  l’Annonciation de la sainte Vierge Marie, dont le sein très pur fut l’asile béni où vous avez daigné en ce jour épouser la nature humaine. O Dieu, qui avant d’être invoqué répondez : Me voici !, vous avez voulu hâter pour moi les joies de cette journée, en me prévenant dès la veille par les bénédictions de votre douceur. (Ps. xx, 4.) …. Aucun terme ne peut exprimer de quelle manière, ô Lumière qui venez d’en haut, vous avez visité mon âme par les entrailles de votre douceur et de votre bonté. (Luc, I, 78.) Aussi donnez-moi, ô Source de tous les biens, donnez-moi d’immoler sur l’autel de mon cœur l’hostie de jubilation, afin que j’obtienne d’expérimenter souvent avec tous vos élus cette union si douce, cette douceur si unifiante qui jusqu’à cette heure m’était restée complètement inconnue.

Quand je considère ce qu’était ma vie avant ce jour et ce qu’elle a été depuis, je dois proclamer en vérité que ce fut là un bienfait tout gratuit et que je n’avais aucunement mérité. Dès lors vous me donniez une connaissance de vous-même si lumineuse, que je me trouvais plus touchée par la douce tendresse de votre familiarité que je ne l’aurais été par les châtiments. Cependant je ne me souviens pas avoir éprouvé ces délices en d’autres jours que ceux où vous m’appeliez au banquet de votre table royale. Était-ce là une disposition de votre Sagesse ? Était-ce le résultat de ma profonde négligence? Je n’ai pu le savoir exactement. II, 2.

De son zèle pour le salut des âmes

Ses paroles et ses actes rendent encore témoignage de son zèle pour les âmes et de son amour pour la Religion. Quand elle découvrait un défaut dans l’âme du prochain, elle désirait vivement qu’il se corrigeât ; mais si ce désir ne se réalisait pas, elle concevait un profond chagrin et ne pouvait se consoler jusqu’à ce que, par ses prières, ses exhortations ou le secours d’une autre personne, elle eut obtenu au moins un léger amendement. Si, dans l’intention de la consoler, on venait lui dire de ne pas s’inquiéter de la personne incorrigible, attendu qu’elle subirait elle-même la peine de sa faute, ces paroles, comme un glaive acéré, pénétraient son âme d’une si vive douleur, qu’elle aurait préféré mourir, disait-elle, plutôt que de se consoler d’une faute dont le coupable ne connaîtrait vraiment toute la gravité qu’après la mort, lorsqu’il en subirait la peine éternelle. I, 7.

De l’assistance à la Sainte Messe

Un jour que, retenue au lit elle ne pouvait assister à la messe où elle aurait dû communier, son cœur en éprouva un vif regret : « Voici, ô mon très aimé Seigneur, dit-elle, que par la disposition de votre divine providence je ne puis aller à la messe ! Comment donc pourrai-je recevoir dignement votre chair sacrée et votre précieux sang, puisque ma meilleure préparation est de m’unir d’intention au ministre qui célèbre, en suivant les différentes parties du sacrifice ? » Le Seigneur répondit :  « Puisque tu sembles m’adresser un reproche, écoute, ô ma bien-aimée, je vais te chanter un épithalame plein de douceur et d’amour : Apprends de moi que je t’ai rachetée de mon sang, et considère que les trente-trois années où j’ai travaillé sur la terre ont été consacrées à préparer mes noces avec toi ; que cela te serve pour la première partie de la messe. Apprends de moi que tu as été dotée par mon esprit, et comme mon corps a travaillé trente-trois ans à la préparation de tes noces, mon âme aussi a célébré les noces si joyeuses qu’elle désirait contracter avec toi ; que cela te serve pour la deuxième partie de la messe. Apprends de moi que tu as été remplie de ma divinité, et que cette divinité pourra te procurer, au milieu des souffrances corporelles, les délices spirituelles les plus enivrantes ; que cela te serve pour la troisième partie de la messe. Apprends encore de moi que tu as été sanctifiée par mon amour, et reconnais que tu n’as rien par toi-même, mais que tu tiens de moi tout ce qui peut te rendre agréable à mes yeux ; que cela te serve pour la quatrième partie de la messe. Apprends enfin à quelle hauteur tu es élevée par cette union avec moi, et reconnais que, toute puissance m’ayant été donnée au ciel et sur la terre, rien ne peut m’empêcher de te faire partager ma gloire, et de vouloir que celle qui est vraiment l’épouse du Roi soit appelée Reine et reçoive les honneurs dus à son rang. Prends tes délices à méditer ces faveurs, et ne te plains plus de n’avoir pas assisté à la messe. » III, 8.

 

De la Communion fréquente

Un matin, avant de recevoir la communion, elle dit : « O Seigneur, quel don allez-vous m’accorder ?  Le Seigneur répondit : « Le don de tout mon être avec ma vertu divine, et tel que jadis la Vierge ma Mère le reçut ». Elle reprit : « Puisque dans la sainte communion vous vous livrez toujours tout entier, qu’aurai-je de plus que les personnes qui vous ont reçu hier avec moi, et ne s’approchent pas aujourd’hui de vos saints mystères? » Le Seigneur répondit : « Chez les anciens, tu sais que le second consulat honorait un homme plus que le premier ; comment alors l’âme plus souvent unie à moi sur la terre n’obtiendrait-elle pas au ciel une gloire supérieure? » Elle se prit à soupirer : « Ah! dit-elle, les prêtres jouiront d’une gloire bien plus grande que la nôtre, eux qui, en raison de leur ministère, communient tous les jours ! – Certainement, reprit le Seigneur, une gloire éclatante est réservée à ceux qui me reçoivent dignement. Mais il ne faut pas confondre l’amour d’une âme qui communie avec la gloire dont est revêtu celui qui célèbre les mystères. Aussi les récompenses sont diverses : autre pour le cœur brûlant d’amour et de désirs ; autre pour celui qui me reçoit avec crainte et révérence; autre encore pour ceux qu’une longue et fervente préparation dispose à se nourrir de ma chair sacrée; mais aucune de ces trois n’est réservée au prêtre qui célébrerait les divins mystères avec froideur et par routine. » III, 36

 

Comment l’âme doit se revêtir pour recevoir dignement la sainte communion

Elle se trouvait un jour peu préparée à recevoir la sainte communion, et comme le moment approchait, elle adressa la parole à son âme en ces termes : « Voici déjà l’Époux qui t’appelle; et comment pourras-tu aller au-devant de lui sans être parée des mérites nécessaires à ceux qui veulent le recevoir dignement ? » La pauvreté de son âme la frappant davantage, elle perdit encore plus confiance en elle-même et mit tout son espoir en Dieu : « A quoi me sert d’attendre, dit-elle ? quand j’y emploierais mille années, je ne serais pas encore suffisamment disposée, puisque rien en moi n’a la valeur voulue pour enrichir ma préparation. J’irai au-devant du Seigneur avec humilité et confiance, et lorsqu’il m’apercevra de loin, son puissant amour l’excitera à m’envoyer les biens nécessaires à une âme qui désire le recevoir dignement. » C’est avec de tels sentiments qu’elle s’avança vers Dieu, tenant les yeux toujours fixés sur sa bassesse et sa pauvreté. Mais elle avait à peine fait quelques pas, que le Seigneur lui apparut, la regarda. avec compassion, ou plutôt avec tendresse, et voulut bien lui envoyer son innocence pour qu’elle s’en revêtit comme d’une robe blanche et souple, et son humilité qui lui fait accepter de s’unir à des âmes si indignes, pour s’en faire une tunique violette. L’espérance qui fait désirer au Seigneur les embrassements de l’âme, serait pour celle-ci un ornement de couleur verte ; l’amour dont Dieu se plaît à entourer ses créatures la couvrirait d’un riche manteau d’or ; la joie par laquelle Dieu trouve ses délices dans les âmes, lui formerait une couronne de pierres précieuses. Elle recevrait enfin pour chaussure cette confiance par laquelle le Seigneur s’appuie sur la frêle substance de notre pauvre nature en déclarant qu’il trouve ses délices au milieu des enfants des hommes. Ainsi parée, elle pourrait se présenter à la sainte communion. III, 18.

Grâce de Noël

C’était en cette nuit sacrée où les cieux parurent distiller le miel, lorsque la douce rosée de la Divinité descendit sur la terre. Mon âme, semblable à une toison exposée dans l’aire de la charité et tout humectée de: cette rosée céleste1, voulut méditer ce mystère. Par l’exercice de sa dévotion, elle désira prêter pour ainsi dire son ministère à ce divin enfantement où, tel que l’astre émet son rayon, la Vierge produisit son Fils vrai Dieu et vrai homme. Il me sembla tout à coup qu’on me présentait, et que je recevais dans mon cœur un tout petit enfant, né à l’heure même, dans lequel résidait assurément le don de la souveraine perfection, le don par excellence. Et comme mon âme le retenait en elle-même, elle se vit soudainement transformée tout entière en la couleur de ce divin Enfant, si toutefois il est possible d’appeler couleur ce qui ne peut être comparé à rien de visible. Elle reçut alors l’intelligence de ces ineffables paroles: « Erit Deus omnia in omnibus : Dieu sera tout en tous » (I Cor., XV, 28). Aussi ce fut avec une insatiable avidité qu’elle prit le délicieux breuvage qui lui était divinement offert dans ces paroles que j’entendis au même instant : « Comme je suis la figure de la substance de Dieu le Père (Heb., I, 3)  en la Divinité, de même tu seras la figure de ma substance dans l’humanité, tu recevras dans ton âme déifiée les influences de ma divinité, comme l’air reçoit les rayons du soleil. Pénétrée alors jusqu’aux moelles par cette lumière unifiante, tu deviendras capable d’une union plus intime avec moi. » II, 6

 

Des distractions

Une autre fois elle s’efforça d’apporter à chaque mot et à chaque note de l’office divin la plus grande attention ; mais, voyant sa bonne volonté contrariée par la faiblesse de la nature, elle se dit avec tristesse: « Quel fruit retirerai-je d’un labeur où je montre tant d’inconstance? » Le Seigneur, ne pouvant souffrir qu’elle se désolât, lui présente de ses propres mains son Cœur divin semblable à une lampe ardente, en lui disant : « Voici que j’offre aux yeux de ton âme mon Cœur sacré, organe de l’adorable Trinité, afin que tu le pries de réparer l’imperfection de ta vie et de te rendre parfaitement agréable à mes yeux. Car de même qu’un fidèle serviteur se tient toujours prêt à exécuter la volonté de son maître, ainsi mon Cœur sera désormais à ta disposition pour réparer à chaque heure tes négligences. » Celle condescendante bonté du Seigneur la remplit d’étonnement et d’admiration. En effet, elle ne pouvait comprendre que le Cœur du Sauveur, trésor sacré de la Divinité, et source de tous les biens, daignât, comme un serviteur aux ordres de son maître, se tenir prêt à réparer les faiblesses d’une aussi chétive créature. Mais le Seigneur plein de bonté eut pitié de sa pusillanimité et l’encouragea par cette comparaison : « Si tu avais, dit-il, une voix sonore et agréable, et si tu aimais à chanter, tandis que près de toi se trouverait une personne ayant la voix lourde et discordante à ce point, qu’après de grands efforts elle arriverait à peine à produire quelque, sons, ne serais-tu pas indignée qu’elle voulût exécuter elle-même une mélodie que tu pourrais rendre avec tant de facilité et de charme ? De même, mon Cœur sacré, qui connaît la fragilité et l’instabilité humaines, attend et désire que tu l’invites, soit par tes paroles, soit même par un signe, à accomplir et à parfaire avec toi les actes de ta vie ; et comme il est doué d’une puissance infinie, que, de plus, son insondable sagesse connaît toutes choses, de même aussi par suite de la douceur et de la bonté qui lui sont naturelles, il désire te rendre ce service avec une joie pleine d’amour. » III, 25.

De sa compatissante charité

Outre un zèle ardent pour la justice, celle-ci avait encore un sentiment profond de tendre et compatissante charité. Si elle voyait quelqu’un accablé par un réel chagrin, ou si elle entendait dire qu’une personne éloignée se trouvait dans la peine, aussitôt elle s’efforçait de la consoler ou lui envoyait ses encouragements. Comme un pauvre malade accablé par la fièvre attend de jour en jour la guérison ou un peu de soulagement, ainsi elle demandait à chaque instant au Seigneur qu’il voulût bien consoler ceux dont elle connaissait l’affliction. Sa tendre compassion ne s’exerçait pas seulement envers les êtres raisonnables, mais elle atteignait toute créature. Lorsqu’elle voyait les petits oiseaux ou d’autres animaux souffrir de la faim, de la soif ou du froid, elle était émue de pitié pour les œuvres de son Seigneur. Alors, en raison de la souveraine noblesse et perfection que revêt toute créature considérée en son Auteur, elle offrait à Dieu, comme un tribut de louange, les incommodités de ces êtres dénués de raison, et le suppliait d’avoir pitié des œuvres de ses mains et de les soulager dans leurs nécessités. I, 8.

 

 

Prière

Puisque je ne puis, ô mon Dieu, vous rendre même un pour mille, je me confie à cette éternelle, immense et immuable gratitude par laquelle, ô resplendissante et toujours tranquille Trinité, vous acquittez pleinement, de vous-même, par vous-même et en vous-même, toutes nos dettes. Semblable à un grain de poussière, je m’enveloppe dans cette divine gratitude et je vous offre par Celui qui siège à votre droite revêtu de ma substance, les actions de grâces dont je suis capable. Je les offre par Lui, en l’Esprit-Saint, pour tous les bienfaits dont vous m’avez comblée, et surtout pour cet enseignement lumineux par lequel vous avez dissipé mon ignorance, en me montrant de quelle façon j’obscurcissais l’a pureté de vos dons. II, 11

Action de grâces

Grâces soient rendues à votre fidélité, ô mon Dieu, grâces aussi à votre protection, ô Divinité subsistant dans la Vérité et l’Unité; Vérité adorable dans l’Unité et la Trinité ; Déité incompréhensible en la Trinité et l’Unité ! Vous ne permettez pas que nous soyons tentés au delà de nos forces, quoique vous laissiez, parfois à l’ennemi la liberté de nous attaquer, afin de nous exercer et de nous faire progresser. Si vous voyez que nous nous appuyons avec confiance sur votre secours, vous faites vôtre le litige, en sorte que, par un excès de générosité, vous réservant le combat, vous nous abandonnez la victoire, pourvu que nous adhérions à vous par le mouvement de notre volonté. Et, comme dans l’usage de vos dons vous ne permettez pas que l’ennemi ait pouvoir sur notre libre arbitre, vous nous en laissez aussi le plein usage pour l’accroissement de nos mérites. II, 11.