Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Sainte MARGUERITE BAYS

Marguerite Bays est née le 8 septembre 1815 dans un petit hameau du canton de Fribourg, en Suisse. Humble laïque couturière, dont la vie était cachée avec le Christ en Dieu (cf. Col. 3,3), elle s’engagea dans le Tiers-Ordre franciscain et fut une femme toute simple, avec une vie ordinaire, passant en faisant le bien dans sa famille, se consacrant généreusement aux pauvres et aux malades du village, à la paroisse avec un esprit missionnaire implantant la propagation de la foi et de la Sainte Enfance, se vouant avec ferveur au catéchisme auprès des enfants dans une proximité touchante. Elle fut guérie miraculeusement d’un cancer le 8 décembre 1854, au moment même de la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception et elle reçu plus tard les stigmates qu’elle porta durant 19 années, souffrant la Passion du Seigneur tous les vendredis. Le reste du temps, sans réaliser de choses extraordinaires, son existence fut une longue marche silencieuse dans la voie de la sainteté.

Sans quitter son pays, elle avait néanmoins un cœur ouvert aux dimensions de l’Église universelle et du monde.

Tel un exaucement et une action de grâce, son Passage survient pour Marguerite un vendredi 27 juin 1879, à la troisième heure de l’octave du Sacré-Cœur, comme si le Seigneur Lui-même, par cette date d’entrée en béatitude, donnait le sceau d’un amour donné et vécu en cœur à cœur.

« Il faut penser que Dieu est présent partout »

« Il faut penser à Dieu pendant la journée »

« Les pauvres sont les amis préférés de Notre-Seigneur »

 

LA SAINTE VIERGE

« Il faut bien consoler Notre-Dame de ses souffrances à la Passion »
« Honorez beaucoup Notre-Dame des Sept Douleurs ; jamais vous ne pourrez comprendre ce qu’elle a souffert pour nous ».

« Faites comme moi, priez votre chapelet et ça ira. »

+ Pour Marguerite, qui avait constamment son chapelet en main, la prière du chapelet était cette corde d’or qui la reliait au ciel. Ces Ave et ces Pater qu’elle élançait vers le cœur de Dieu en présence de Sainte Vierge n’étaient que l’amorce et le sacrement de sa prière intérieure.

Aux dires des siens, « elle priait tout le temps, même en travaillant. Ils la surprenaient soit chez elle, soit à l’église, perdue dans la contemplation orante. Quand ils la rencontrent en chemin, ils découvrent en même temps son chapelet.

+ Marguerite aimait vénérer la Sainte Vierge sous le vocable de Notre-Dame de Compassion.

Mais il y a un lieu marial qu’elle privilégiait : la chapelle de Notre-Dame du bois qui se trouve à un quart d’heure de marche de chez elle.

Aussi elle aimait y célébrer la louange divine avec les enfants qu’elle réunissait le dimanche après-midi.

Les gens remarquaient son amour inconditionnel pour la Sainte Vierge, comme si elle la connaissait depuis toujours.

+ Dans ce sanctuaire, Marguerite fut bénéficiaire d’une vision où la Sainte Vierge posa son regard spirituel sur le sien pour l’enflammer de sa présence de lumière.

La Sainte Vierge lui a alors communiqué quelque chose de sa grâce en faisant rejaillir sur elle les ondes de son Cœur Immaculé. Ce don sera réitéré le jour de sa guérison, le 8 décembre 1854. Alors qu’à Rome le pape Pie IX Proclame le dogme de l’Immaculée Conception, Marguerite est alitée mourante. La Sainte Vierge en ce jour de fête, dans son ministère d’intercession, comble Marguerite. Soudainement, le mal disparaît. Marguerite est miraculeusement guérie.

+ Par cette expérience de guérison, Notre Dame prépare ainsi Marguerite, à accueillir en son propre corps, par la stigmatisation, les plaies du Christ crucifié.

 

 

LE MYSTÈRE DE LA CROIX

+ Le mystère de la croix qui s’ouvre vers les clartés pascales est le livre de vie de Marguerite. Elle prend le temps d’en ouvrir les sceaux pour le contempler, quotidiennement, méditant la Passion, le chemin de la Croix.

+ Marguerite redouble parfois de zèle tant sa configuration au Christ souffrant est ardente. Ses chemins de croix peuvent durer jusqu’à deux heures. Et même plus, toute la journée ! Car elle vit ce qu’on appelle l’horloge de la Passion, où heure après heure, elle communie aux différentes étapes.

(…) On l’entend murmurer ces mots : miserere, miserere…

+ Maintes fois, elle est surprise par les siens dans sa chambre, immobile, agenouillée sur sa banquette, sans autre support qu’un crucifix à la main pressé sur son cœur dans un mouvement d’amour.

+ Elle confie à quelques rares intimes ce qu’elle vit et voit de la Passion du Christ. Elle en parle notamment à Monseigneur Jaccoud qui fut son curé plusieurs années durant. Elle avoue, par exemple, que ce qu’elle voit dans ses extases n’est pas tout à fait semblable à ce qui est décrit dans les Évangiles ou dans le chemin de la Croix. L’expérience mystique peut saisir des réalités non exprimées dans les Écritures. D’ailleurs saint Jean termine son évangile en disant: « Jésus a fait bien d’autres choses ; si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait ».

+ Les siens l’ont affirmé, Marguerite revenait de sa méditation les yeux rougis et le visage abattu, mais elle n’est pas maussade pour autant. On ne ressort pas indemne de l’invasion divine.

 

 

L’EUCHARISTIE

« Les prêtres sont les représentants de Dieu auprès de nos âmes. Ce qu’ils disent, ce qu’ils font à l’Église, ils ne le disent et ne le font qu’avec l’intention de nous faire du bien, et il ne nous appartient nullement de les critiquer ou de trouver à redire à leurs actes ».

+ Quand Marguerite vit la Sainte Messe à l’église, tout le monde est impressionné par son ravissement. Certains parlent même d’extase. Elle a profondément conscience qu’elle se trouve à la Source qui s’offre à elle, c’est-à-dire avec le Ressuscité et son Cœur ouvert d’où jaillissent des fleuves d’eau vive, comme un don constant.

+ L’Eucharistie est le soutien de Marguerite pour les longues journées de travail, de prière et de contemplation, qui commencent souvent à trois heures le matin pour s’achever tard dans la nuit, car Marguerite consacre très peu d’heures à son sommeil.

+ La souffrance et la maladie l’obligent parfois à s’aliter. Se rendre à l’église, située à un kilomètre et demi de marche de chez elle, pour y vivre la Sainte Messe devient au-dessus de ses forces, et elle ne peut pas bénéficier de la présence d’un prêtre pour recevoir la communion. Lors d’un de ces jours de grande fatigue, il arrive un événement extraordinaire : le Ciel s’ouvre à La Pierra jusque dans la chambre de Marguerite, et un ange vient la réconforter par la Sainte Communion eucharistique.

 

FAIRE LA VOLONTÉ DE DIEU

Elle était très réservée. Quand elle parlait, on sentait que sa pensée était toute pour le bon Dieu, comme s’Il lui parlait tout le temps. Elle était toujours à dire que tout était pour Lui, que tout était conforme à sa Volonté.

« Il est juste de faire la volonté de Dieu » disait-elle.
Dans les épreuves, elle revenait toujours à la foi : « C’est Dieu qui l’a permis ».

Lorsqu’on la plaignait des injures qu’elle recevait, elle disait : « C’est le bon Dieu qui veut cela. Il faut l’accepter ». D’ailleurs, Jésus « a souffert plus que moi », il « veut cela pour me faire expier mes péchés ». « S’il n’y avait personne pour me contrarier, il faudrait payer quelqu’un pour le faire ».

 

 

LE SACRÉ-CŒUR ET LA PRIÈRE

Marguerite avait une grande dévotion envers le Sacré-Cœur de Jésus.

« O Sainte Victime,
Attirez-moi après Vous.
Nous marcherons ensemble,
Que je souffre avec Vous, cela est juste.
N’écoutez pas mes répugnances,
Que j’accomplisse en ma chair ce qui manque à Vos souffrances.
J’embrasse la Croix,
Je veux mourir avec Vous,
C’est dans la plaie de votre Sacré Cœur que je désire rendre mon dernier soupir. »

Sa prière exprime l’effacement total d’elle-même, où elle n’a pas d’autre désir que celui de la configuration au Christ : « Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir représente un gain » (Ph 1,21). Toute sa prière est le témoignage d’un être habitué à vivre le chemin de la croix d’une manière existentielle : chaque vendredi, Marguerite revit mystiquement (et dans son corps) la Passion de Jésus, et il s’en suit, surtout le Vendredi Saint, un sommeil extatique profond, la conduisant aux clartés du matin de Pâques.

Sa prière est « une vie faite d’austérité, de jeûne et de mortification où elle réduit ses besoins au strict nécessaire. » Une vie constellée de veilles de nuit, cadencée par prière et travail, nourrie du sacrement de l’Eucharistie quotidienne, sauf les vendredis où elle doit s’aliter puisqu’elle revit la Passion du Christ.

 

« La bonté de Dieu est infinie, il ne faut jamais douter de sa miséricorde »