Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Saint Raphaël Arnais Baron

Raphaël Arnaiz Baron, en religion frère Marie Raphaël, est né le 9 avril 1911 à Burgos, en Espagne, premier de quatre enfants (dont un qui sera chartreux) d’une famille aisée catholique pratiquante. Après des études en architecture et une constante vie de piété et d’études à Oviedo puis à Madrid où il est membre de l’association pour l’adoration nocturne, séduit par le silence, Raphaël entre au monastère trappiste de san Isidoro en 1934. Une forme très grave de diabète se déclare d’une façon foudroyante quatre mois après son entrée. Il oblige le novice presque moribond à quitter, triste et perplexe, son cher monastère. Ce n’est que deux ans plus tard, après une longue convalescence qu’il le retrouve, mais comme oblat – sa maladie ne lui permettant pas de suivre les exigences de la Règle. Après une seconde (en raison de la guerre civile) puis une troisième sorties, il vit son dernier séjour dans sa Trappe dès 15 décembre 1938. Pour Pâques 1938, le père Abbé, par une faveur spéciale lui revêt de la coule « neuve et si blanche ». Peu après, le 26 avril 1938, il rend son âme à Dieu. Il n’a que 27 ans.

« Le mystère de cette vie, jusqu’au bout, aura été de se laisser conduire à travers les perplexités d’une vocation embrassée avec enthousiasme et sans cesse contrariée: par la maladie, par la guerre, par l’impossibilité de prononcer ses vœux monastiques, par le manque de relations communautaires normales. Son noviciat sur la terre, accompli dans la solitude et la maladie humiliante, s’achève lorsqu’à Pâques, enfin revêtu de la coule par une faveur spéciale de son abbé, il entre, par son passage à la vraie vie, dans la communauté céleste.

(…) Son seul désir était de vivre pour aimer : aimer Jésus, aimer Marie, aimer la Croix, aimer son cher monastère. L’exubérance de sa foi et l’enthousiasme de son amour se sont avérés invincibles. »

Très rapidement après sa mort, la renommée de sa sainteté se répand. Il est proposé comme modèle de sainteté durant les JMJ de Saint Jaques de Compostelle en 1989, par Jean-Paul II, puis béatifié et canonisé par Benoît XVI en 2009. Il a fait partie des saints patrons des JMJ de Madrid.

Fête le 26 avril

Je ne veux que la solitude avec Jésus, l’amour pour la Croix et les larmes de la pénitence.

 

 

Dieu m’aime tellement que même les anges n’y comprennent rien !

+ Je prends aujourd’hui la plume au nom de Dieu, pour que mes mots, en se gravant sur le blanc papier, servent de perpétuelle louange au Dieu béni, auteur de ma vie, de mon âme et de mon cœur. J’aimerais que l’univers entier, avec toutes les planètes, tous les astres et les innombrables systèmes sidéraux, fussent une immense surface lisse où pouvoir écrire le nom de Dieu. J’aimerais que ma voix fût plus puissante que mille tonnerres, plus forte que le courant de la mer, et plus terrible que le vacarme des volcans, pour ne dire que : Dieu ! J’aimerais que mon cœur fût aussi grand que le ciel, aussi pur que celui des anges, aussi simple que la colombe, pour avoir Dieu en lui. Mais puisque toute cette grandeur dont tu rêves ne peut pas devenir réalité, contente-toi de peu et de toi-même qui n’es rien, frère Raphaël, car le rien même doit te suffire…

+ « Seigneur, je possède un si grand trésor. Je voudrais crier de joie et le proclamer à toute la création : louez le Seigneur, aimez le Seigneur qui est si Grand, qui est Dieu. Le monde ne voit pas ; le monde est aveugle et Dieu a besoin d’amour. Dieu a besoin de beaucoup d’amour. Je ne peux pas Lui donner tout ce qu’Il demande, je suis petit, je deviens fou, je voudrais que le monde L’aime, mais le monde est Son ennemi. Seigneur, quel supplice si grand ! Je le vois et je ne peux pas y apporter le remède. Je suis trop petit, insignifiant. L’amour que j’ai pour Toi m’écrase, je voudrais que mes frères, tous mes amis, tout le monde, T’aime beaucoup.

+ Quand je cessai de regarder le ciel par la fenêtre du noviciat, je pensai : le Seigneur fait d’un mal un bien. Si quelqu’un m’avait vu, il se serait dit : “Voilà un novice qui perd son temps !”

Est-ce perdre son temps que d’adorer amoureusement Dieu ? La tentation a passé, le trouble aussi, et avec lui, je n’ai plus pensé à ce que j’avais entendu et qui m’avait troublé. Et après avoir fait un acte d’union à la volonté divine, chose que je fais à chaque fois que je m’en souviens, je suis descendu à l’église pour entendre la sainte messe ; et là, au pied du Tabernacle, j’ai élevé mon cœur vers Dieu et vers la Très Sainte Mère Marie. Toi seul, mon Dieu, Toi seul !

Dieu et sa volonté sont la seule chose qui occupe ma vie.

+ J’aimerais, Seigneur, que rien au monde ne me trouble, et qu’aucune des créatures ne m’enlève la paix et la tranquillité de n’aimer que ta volonté.

+ Faire ce qu’Il veut demande bien peu, ou plutôt rien du tout, car on aime sa volonté ; même la souffrance et la douleur sont paix, car on souffre par amour. Dieu seul comble l’âme et la comble toute entière.

+ Je suis chaque jour plus heureux en mon complet abandon entre ses mains. Je vois sa volonté jusque dans les choses les plus petites et minuscules qui puissent m’arriver.

De tout, je tire un enseignement qui me sert pour comprendre davantage sa miséricorde envers moi. J’aime avec tendresse ses desseins et cela me suffit. Je suis un pauvre homme ignorant ce qui me convient, et Dieu veille sur moi comme personne ne peut s’en douter.

+ Dans mes va-et-vient précipités à travers le noviciat, sans savoir quoi faire, j’ai regardé à travers la fenêtre, contre mon habitude et mon règlement qui me l’interdit. Le soleil commençait à poindre. Une grande paix régnait sur la nature. Tout commençait à s’éveiller : la terre, le ciel, les oiseaux. (…) Comme Dieu est bon, pensai-je. La paix habite partout sauf dans le cœur humain. Et doucement, tranquillement, Dieu m’a appris à obéir, à moi aussi, par l’intermédiaire de cette aurore douce et tranquille. Une très grande paix s’empara de mon âme. Je pensai que Dieu seul est bon ; que tout est ordonné par Lui. Que m’importe ce que disent ou font les hommes. Il ne doit y avoir pour moi qu’une seule chose dans le monde : Dieu. Dieu qui ordonne tout pour mon bien.

+ Tout le bien c’est Toi qui l’accomplis, si bien que le mieux est de Te laisser agir dans ma vie. Moi, je me livre entièrement à Toi, je ne veux même pas avoir de désirs d’être bon, si ce n’est pas Ton désir à Toi. Je ne veux rien, je veux n’être rien pour le monde. Je veux être tout Tien, je Te donne jusqu’à mes péchés, car finalement c’est la seule chose que je possède comme exclusivement mienne.

+ Si nous sommes vraiment unis par amour à la volonté de Dieu, nous ne désirerons rien qu’Il ne désire, nous n’aimerons rien qu’Il n’aime, et en étant abandonnés à sa volonté, nous serons indifférents à quoi que ce soit qu’Il nous envoie, en quelque endroit qu’Il nous mette.

Dieu est sur la Croix, et tant que nous n’aimerons pas la Croix, nous ne Le verrons pas, nous ne Le sentirons pas.

+ Ah ! Bon Jésus, si les hommes savaient ce que c’est que de t’aimer sur la Croix ! Si les hommes soupçonnaient ce que c’est que de renoncer à tout pour Toi ! Quelle joie de vivre sans volonté. Quel grand trésor que de n’être rien, d’être le dernier ! Quel grand trésor que la Croix de Jésus, et comme l’on vit bien en l’embrassant ! Personne ne peut s’en douter !

+ Ma vie est une continuelle alternance de désolations et de consolations. Les premières sont des tristesses et des peines, parfois très profondes, des pensées qui me troublent, des tentations qui me font souffrir. Les consolations sont la même chose, mais à l’envers : joies intérieures inconnues, désirs de souffrir et amour pour la Croix de Jésus, qui remplissent mon âme de paix et de tranquillité au milieu de ma solitude et de mes douleurs, ce que je ne changerais pour rien au monde.

+ Dieu est dans le cœur détaché, il est dans le silence de la prière, dans le sacrifice volontaire de la douleur, dans le vide du monde et de ses créatures.

+ Bon Jésus, mon divin Bien-aimé, Tu as tes délices. Ah ! Seigneur, que vais-je dire ? Tu as tes délices dans le cœur de l’homme. Je T’offre le mien. Laisse-moi faire ma cellule dans le tien. Laisse-moi faire ma couche auprès de lui.

+ Avec Jésus à mes côtés, rien ne me paraît difficile, et le chemin de la sainteté me semble à chaque fois plus facile. Il me paraît consister plus à enlever des choses qu’à en ajouter. Il se réduit peu à peu à la simplicité, plutôt qu’il ne se complique de choses nouvelles.

Vierge Très Sainte, Toi qui m’as conduit à la Trappe pour que j’apprenne à aimer ton Fils, aide-moi dans ma résolution de L’aimer chaque jour davantage. 

+ J’aimerais, Seigneur, passer ce Carême, à mourir peu à peu, de tout ce qui me manque encore, pour ne vivre que pour Toi. Pour qu’un jour, Tu me laisses, Seigneur, pénétrer par la plaie de ton côté, et m’y faire une cellule auprès de ton Divin Cœur. Tu me le permettras ? Je le demande avec ferveur à la Très Sainte Vierge Marie.

+ Les créatures me sont indifférentes, si elles ne me conduisent pas à Dieu. Je ne veux pas de la liberté, si elle ne me conduit pas à Dieu. Je ne veux pas de consolations, de plaisirs et de joies, je ne veux que la solitude avec Jésus, l’Amour pour la Croix et les larmes de la Pénitence. Mon Jésus, mon doux Amour, ne permets pas que je sois séparé de Toi. Marie, ma Mère, sois ma seule consolation.

+ Dieu si bon avec moi, qui parle à mon cœur dans le silence, et m’apprend peu à peu, parfois avec des larmes, toujours avec des croix, à le détacher des créatures, à ne chercher la perfection qu’en Lui, à me montrer Marie, et me dire : “Voici la seule créature parfaite.

En Elle tu trouveras l’amour et la charité que tu ne trouves pas chez les hommes”. De quoi te plains-tu, Frère Raphaël ? Aime-Moi, souffre avec Moi, c’est Moi, Jésus.

+ Ah ! Vierge Marie, voilà la grande miséricorde de Dieu. Voilà comme Dieu œuvre dans mon âme, tantôt dans la désolation, tantôt dans la consolation, mais toujours pour m’apprendre que ce n’est qu’en Lui seul que je dois mettre mon cœur, que ce n’est qu’en Lui seul que je dois vivre, que c’est Lui seul que je dois aimer, désirer, espérer, dans la foi pure, sans consolation ni secours d’humaine créature.

Quel bonheur, ma Mère. Combien dois-je en être reconnaissant à Dieu. Comme Jésus est bon !

Quand ce cœur se rend compte que Dieu frappe à sa porte, et qu’il balaie et nettoie tous ses appartements pour se disposer à recevoir le Seul qui comble vraiment. Comme il est doux de vivre ainsi, avec Dieu seul dans le cœur. Quelle grande douceur que de se voir rempli de Dieu. Comme il doit être facile de mourir ainsi.

+ Je regardais le Tabernacle, et il ne me disait rien. Je me voyais mort vivant, je me voyais enfermé dans le monastère, comme un mort dans un tombeau, et même pis que dans un tombeau, puisque là au moins on trouve le repos (…): j’aurais aimé, à cet instant, mourir vraiment, mais mourir pour ne plus souffrir. J’ai vu ensuite que c’était une tentation.

C’est dans cet état d’âme que je me suis approché pour recevoir le Seigneur. Je venais de me mettre à genoux, avec le désir de demander à Jésus la tranquillité pour mon esprit, quand j’ai senti une ferveur très grande, un amour immense pour Jésus, et un oubli absolu de toutes mes pensées antérieures, au rappel de quelques mots que Jésus, je crois, m’inspira en cet instant :

“Je suis la Résurrection et la Vie”.

Comment exprimer combien mon âme fut consolée ! Je pleurais presque de joie en me voyant aux pieds de Jésus, enterré vif. Mes mains serraient le crucifix et mon cœur aurait voulu mourir, mais cette fois par amour pour Jésus, par amour pour la vie véritable, pour la véritable liberté.

J’aurais voulu mourir à genoux en embrassant la Croix, en aimant la volonté de Dieu, en aimant ma maladie, mon enfermement, mon silence, mon obscurité, ma solitude. En aimant mes douleurs, qui, en un instant de lumière, et avec une étincelle d’amour de Dieu, sont si vite oubliées.

Je n’ai rien et j’ai le Christ.

Je ne possède rien ni ne désire rien, et je possède et je désire le Christ.

Je ne jouis de rien et ma joie, c’est le Christ.

Et là, dans mon cœur, je suis complètement heureux.