Qui veut la vie et désire voir des jours heureux 

(cf. Règle de Saint Benoît – Prologue 15)

 

Chaque mois vous est proposée la figure d’un saint ou d’une sainte,

évoquant sa vie  et sa spiritualité, à travers ses propres écrits.

Ceci afin de nourrir notre vie intérieure,

et vivre des jours plus heureux avec nos amis du Ciel.

Sainte Angèle de Foligno

Foligno, bourgade proche d’Assise, voit naître Angela en 1248. A vingt ans, elle sera mariée. La frivolité, les désordres et excès de tout genre, l’adultère et les plaisirs du monde auront gain de cause sur cette épouse et mère de plusieurs fils.

Au cours des années, progressivement et suite à différent événements (dont la mort de son époux et de ses enfants), Angèle va prendre conscience avec gravité de ses péchés. Une vision de saint François d’Assise (mort vingt ans plus tôt) la conduira à entrer résolument sur un chemin de pénitence, de mortification et de conversion. L’amour du Christ en sa Passion va la saisir entièrement. A 40 ans, celle qui deviendra l’une des grandes mystiques médiévales, aura une conversion radicale. Elle restera cependant très longtemps tourmentée de ses fautes passées. Elle entrera dans le Tiers-Ordre de saint François au sein duquel elle aura une vie intense de prières, d’extases et de sacrifices. Angèle bénéficiera de nombreuses visions du Christ en sa Passion. Elle fut aussi admirable dans ses écrits empreints de cette grande grâce : celle de l’Amour de Jésus crucifié. C’est en 1309 qu’elle remettra sa vie à Dieu, apaisée et sereine.

En 2013, le pape François signe le décret de sa canonisation équipollente (sans que la reconnaissance d’un miracle soit nécessaire).

Sainte Angèle est fêtée le 4 janvier.

Ma fille, aimée plus de Moi que Moi de toi !

Ma fille aimée, douce à Moi.

Tous les saints ont pour toi spécial amour et ma Mère ;

Et tu seras associée par Moi avec eux.

Le Seigneur Jésus à sainte Angèle

Presse-toi, tant que tu peux, d’aimer, car tu es fort aimée.

Notre Dame à sainte Angèle

Son union à Dieu

Les armes par lesquelles le bon amour doit être régi se trouvent et sont données en la transformation de l’âme. (…) La première transformation est quand l’âme s’efforce d’imiter les œuvres du Christ ; car en elles se manifeste la volonté de Dieu, La seconde transformation est quand l’âme est unie à Dieu et a grands sentiments et grandes douceurs de Dieu, qui cependant peuvent être exprimés en paroles et pensées. La troisième transformation est quand l’âme est transformée par union très parfaite en Dieu et Dieu en l’âme, et quand elle sent et goûte des choses très hautes de Dieu, tellement qu’elles ne se peuvent exprimer ni penser par paroles.

Je demandai à Dieu la chose la plus agréable ses yeux. Alors, dans sa pitié, il m’apparut plusieurs fois dans le sommeil, ou dans la veille, crucifié. « Regarde, disait-il, regarde vers mes plaies ». 

Au milieu du désir je fus saisie par un songe où le Cœur du Christ me fut montré, et j’entendis ces paroles : « Voici le lieu sans mensonge, le lieu où tout est vérité. »

Il m’appela et me dit de poser mes lèvres sur la plaie de son côté. Il me sembla que j’appuyais mes lèvres, et que je buvais du sang, et dans ce sang encore chaud je compris que j’étais lavée. Je sentis pour la première fois une grande consolation, mêlée à une grande tristesse, car j’avais la Passion sous les yeux. Et je priai le Seigneur de répandre mon sang pour lui comme il avait répandu le sien pour moi.

Je fixai mon désir sur la Vierge et saint Jean ; ils habitaient dans ma mémoire, et je les suppliais par la douleur qu’ils reçurent au jour de la Passion de m’obtenir les douleurs de Jésus-Christ, ou au moins celles qui leur furent données, à eux. Ils m’acquirent et m’obtinrent cette faveur, et saint Jean m’en combla tellement un jour, que ce jour-là compte parmi les plus terribles de ma vie. J’entrevis, dans un moment de lumière, que la compassion de saint Jean en face de Jésus et de Marie fit de lui plus qu’un martyr. De là un nouveau désir de me dépouiller de tout avec une pleine volonté. 

Quand je passais près de croix peinte ou de la Passion, il me semblait que rien n’était peint en comparaison de l’extrême Passion qui eut lieu en réalité, et qui m’avait été montrée et imprimée au cœur ; tellement que ce qui est peint je ne voulais le regarder, car cela me semblait tout à fait peu, quasi néant.

Sois douloureuse ou souffre, âme, qui dois passer près de la Croix en laquelle est mort le Christ. Il faut là que tu te places ou reposes ; car la Croix est ton salut et ton lit, et doit être tes délices ; car là est ton salut.

O sainte Marie, Mère de l’Affligé, dis-moi quelque chose de cette peine de ce Fils tien, de laquelle je n’entends mémoire. (…) Est-il aucun saint qui me sache dire aucune chose de cette Passion, de laquelle je n’entends parler ni rapporter mot, laquelle mon âme vit et qui est si grande que je ne la puis dire ; si grande Passion vit mon âme !

Entrée dans une église, je demandai à Dieu une grâce quelconque. Je priai : je disais le Pater; tout à coup Dieu écrivit de sa main le Pater dans mon cœur avec une telle accentuation de sa bonté et de mon indignité, que la parole me manque pour en dire un seul mot. Chacune des paroles du Pater se dilatait dans mon cœur ; je les disais l’une après l’autre avec une grande lenteur et contrition profonde, et malgré les larmes que m’arrachait une connaissance plus vive de mes fautes et de mon indignité, je commençai à goûter quelque chose de la douceur divine. La bonté divine se fit sentir à moi dans le Pater mieux que nulle part ailleurs, et cette impression dure au moment où je parle. Cependant, comme le Pater me révélait en même temps mes crimes, mon indignité je n’osais lever les yeux ni vers le ciel, ni vers le crucifix, ni vers rien ; mais je suppliai la Vierge de demander grâce pour moi, et l’amer turne persistait.

La Passion n’est plus pour moi qu’une lumière qui me conduit.

sa maternité spirituelle

Quand l’âme veut prier, il lui faut conquérir la pureté pour elle et pour le corps. Il faut qu’elle approfondisse ses intentions, bonnes on mauvaises, qu’elle descende au fond de ses prières, de ses jeûnes et de ses larmes pour les scruter dans leurs secrets ; qu’elle interroge ses bonnes œuvres ; qu’elle considère ses négligences dans le service de Dieu, ses irrévérences et ses absences. Qu’elle entre dans la contemplation profonde, attentive et humiliée de ses misères, qu’elle confesse son péché, qu’elle le reconnaisse ; qu’elle s’abîme dans le repentir. Dans cette confession, dans ce brisement, elle trouvera la pureté. O mes enfants, allez à la prière comme le publicain, et non pas comme le pharisien.

Efforce-toi d’avoir connaissance de toi-même ; car en vérité, je ne crois pas que soit plus grande vertu sur terre que celle-là. Tâche de chasser de toi toute autre cogitation ou imagination qui puisse nuire à ton âme ; et prépare-toi à recevoir ce Fils qui doit naître en toi ; car en vérité, ce sera Luigi qui donnera à ton âme la connaissance de soi-même. Et il sera le salut de ton âme, comme le désire mon âme de toutes ses entrailles.

Fuis vers cette croix, mon fils, et mendie la lumière au Crucifié qu’elle soutient. Va lui demander de te connaître, afin de puiser dans ton abîme la force de t’élever jusqu’à sa joie divine.

Une fois la fidèle du Christ [sainte Angèle] dit que lui était dit par Dieu qu’à ceux, pour qui Il souffrit, il est léger de souffrir pour Lui ; et qu’à ceux, pour qui Il voulut être méprisé, il est léger d’être méprisé pour Lui ; et à ceux, pour lesquels il voulut mourir, il est léger de mourir pour Lui.

Il y a une sauvegarde qui enlève toute place à l’illusion. Cette sauvegarde, c’est la pauvreté d’esprit. Un jour, j’entendis une parole divine qui me recommanda la pauvreté d’esprit comme une lumière, et comme un bonheur qui passe toutes les conceptions de l’entendement humain.

 

J’ai vu cette lumière, j’ai vu que la pauvreté, mère des vertus, sort la première des lèvres de la divine Sagesse. La divine Sagesse nous a dit par l’incarnation du Verbe : « Vous êtes mortels » ; par la pauvreté d’esprit elle nous dit : « Vous êtes bienheureux. »

Voici ce que dit le Seigneur : «Moi, si la pauvreté n’eût pas été si heureuse, je ne l’aurais pas aimée ; et si elle eût été moins glorieuse, je ne l’aurais pas prise.

Le Christ en toute sa vie eut un seul état, savoir, celui de la croix. Car en croix il débuta, en croix il continua, et en croix il finit. Toujours, en effet, il fut en croix de pauvreté, de douleur continue, et de mépris, et d’obéissance vraie, et d’autres œuvres ardues de pénitence, et pour e que l’héritage du Père doit passer aux fils, et pour ce que Dieu le Père a donné cet héritage de pénitence et de croix à son Fils unique, tous les fils de Dieu doivent, plus ils sont en grande perfection, assumer cet héritage et le poursuivre toute le temps de leur vie.

Et c’est l’oraison continuelle qui donne à l’homme la lumière, par laquelle on voit le péché. Par la lumière, vous recevrez la douleur et la contrition. Quand l’âme, contemplant la croix, voit ses péchés dans leur ensemble et dans leur détail, et sa victime expirante, l’esprit de contrition s’émeut en elle pour châtier et réformer sa vie.

Tourne-toi, âme, à connaître la divine miséricorde, comme Jésus Christ s’est conduit avec toi en toutes tes misères. Et garde-toi bien afin que tu lui sois reconnaissante, et n’oublie pas ce bienfait.

Lisez le livre de vie, c’est la vie et la mort de Jésus qui conduit à l’abîme de la lumière, de la douleur et de l’humilité. La vue de la croix ouvre la porte de l’abîme. L’âme voit et connaît la multitude de ses péchés, et comment elle y a employé tous les membres de son corps puis elle voit les entrailles de la miséricorde divine qui s’ouvrent ineffablement pour l’engloutir dans leurs abîmes. Pour les péchés de chacun des membres de son corps, elle voit comment fut traité chacun des membres du Christ.

Un des signes, mon fils, qui montrent à l’homme la grâce de Dieu présente à lui, c’est, en face de la gloire, le don d’inventer un abîme pour s’humilier de plus bas.

Plus parfaitement et purement nous voyons, plus parfaitement et purement nous aimons.

Cette parole me fut dite dans l’âme :

«Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée.»

Charles-de-Foucauld_Tombe à El Goléa où furent transférés ses ossements